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Comment concevoir des îlots de fraîcheur.

12/01/2020

Comment concevoir des îlots de fraîcheur.

Les nouvelles vagues de chaleur de l'été 2019 nous l'ont rappelé : dans les années à venir, les grandes métropoles devront composer avec des épisodes de canicule intense. Selon une étude publiée dans la revue scientifique « Plos One », huit villes sur dix connaîtront une évolution radicale de leur climat d'ici à 2050. Les températures de Londres ressembleront à celles de Madrid aujourd'hui, celles de Zurich à celles de Milan, et celles de Paris à celles de Canberra, en Australie. La capitale française pourrait subir une augmentation de 6,1 °C dans les mois les plus chauds, et de 2,3 °C en hiver.

20 000 arbres plantés entre 2014 et 2020, c'est l'objectif fixé par la Ville de Paris.

Conséquence : pour éviter l'assèchement de l'environnement et l'accumulation de la chaleur dans les rues, les professionnels de la construction doivent réfléchir à la création d'îlots de fraîcheur en ville. L'une des premières pistes de réflexion concerne la végétalisation. « Elle nous intéresse à deux titres : elle permet de créer de l'ombre, ce qui protège le sol et les personnes dans l'espace public. Et surtout, via le mécanisme de photosynthèse, la végétation rejette de la vapeur d'eau et donc rafraîchit », analyse Julien Bigorgne, ingénieur environnement à l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur). La Ville de Paris, à la pointe sur ce sujet, s'est notamment fixé pour objectif de planter 20 000 arbres entre 2014 et 2020.

La fin des projets très minéraux ? Certains acteurs de l'immobilier, comme Apsys, se sont emparés du sujet. La foncière spécialisée en immobilier commercial développe actuellement un projet dans le quartier de la gare de Bordeaux Saint-Jean qui doit sortir de terre d'ici à 2023. Elle prévoit notamment l'aménagement de 88 000 m2 d'espaces urbains, parmi lesquels des hôtels, des commerces, des bureaux, mais également des logements. « A l'origine, nous avions un projet très minéral. Mais nous nous sommes rendu compte que ce dernier ne correspondait pas aux souhaits des habitants. C'est pourquoi nous avons décidé de transformer l'axe principal du projet en le végétalisant », décrit Stéphan Lett, directeur général adjoint des opérations d'Apsys. La foncière a ainsi décidé de planter 200 arbres. Elle compte également utiliser des matériaux de couleur claire, comme la pierre de Bordeaux. « Nous avons choisi ce matériau parce qu'il ne stockera pas la chaleur tout au long de la journée », explique Stéphan Lett. Une autre réflexion doit être menée sur le bâtiment lui-même. C'est ce qu'affirme Cyril Trétout (lire page suivante), architecte urbaniste à l'agence ANMA, qui en appelle à réaliser de « grandes rénovations thermiques ».

Des infrastructures humidifiantes

Les routes et trottoirs constituent un enjeu essentiel dans le refroidissement de la ville. C'est notamment ce qu'étudie Paris, en partenariat avec Colas et Eurovia, à travers l'expérimentation Cool & Low Noise Asphalt, lancée en octobre 2018. La commune teste dans trois rues trois enrobés différents. L'objectif est de réduire la pollution sonore, mais également de diminuer la température de 2 °C en période chaude. « Nous mettons des granulats clairs afin que l'enrobé renvoie la majorité des rayons du soleil et n'en absorbe pas trop pendant la journée », présente Eric Godard, directeur technique chez Colas. Autre test, à Nice (Alpes-Maritimes), un dispositif humidifie des pavés conçus à base de déchets de coquilles Saint-Jacques, grâce à un système d'adduction d'eau sous-jacent. Ce revêtement, disposé à certains endroits de la nouvelle ligne de tramway, a pour but de lutter contre les îlots de chaleur. « Il crée une sensation de fraîcheur et d'humidité », explique Sébastien Fernet, chef d'exploitation chez Colas. Une impression qui pourrait devenir un luxe dans les prochaines années.

[Article issu du Moniteur, première publication le 16 août 2019]

Des villes assoiffées

L'eau deviendra-t-elle une denrée rare dans les villes ? C'est la nouvelle menace qui plane sur les métropoles : le stress hydrique. Autrement dit, le moment où la ressource deviendrait insuffisante pour répondre aux activités humaines et aux besoins de l'environnement. Le phénomène est mondial. Selon un rapport du World Resources Institute (Institut des ressources mondiales), près d'un quart de la population du globe, vivant dans 17 pays, est en situation de « stress hydrique très grave », proche du « jour zéro », à partir duquel plus aucune goutte sort du robinet. Pour affronter cette situation, les villes doivent prendre des mesures drastiques. En 2017, face à la sécheresse qui touchait l'Italie, Rome a dû envisager de rationner l'eau potable avec des coupures… pouvant durer jusqu'à huit heures par jour.

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