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Covid-19 : quels risques pour les agents et les usagers de l’eau ?

18/03/2020

Covid-19 : quels risques pour les agents et les usagers de l’eau ?

Les services d'eau et d'assainissement sont sous pression, avec la crise sanitaire liée au coronavirus, mais les risques sont bien gérés à l'heure actuelle, malgré un manque de connaissance sur ce virus. Reste néanmoins à bien protéger les agents, en particulier dans l'assainissement.

Depuis le début de cette crise sanitaire, les services techniques sont sur le pont. Notamment ceux en charge de la production et de la distribution de l’eau potable, et de l’épuration des eaux usées. Et s’il y a un message à faire passer, c’est qu’il ne faut pas s’inquiéter pour la qualité de l’eau potable. « L’eau du robinet est parfaitement consommable », écrit ainsi à ses usagers le syndicat des eaux de l’ouest parisien, Aquavesc, qui couvre 32 communes des départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines. « D’après les connaissances scientifiques et épidémiologiques déjà établies, aucun cas de contamination n’est rapporté à l’eau potable. Les diverses méthodes de désinfection (chlore, ozone, UV) que l’eau potable subit avant d’être distribuée agissent de manière aussi probante pour ce virus que pour tous les autres », ajoute-t-il.

La performance d’un traitement multibarrières

De fait, l’un des objectifs premiers du traitement de l’eau est d’éliminer tous les virus et bactéries, en utilisant pour cela une stratégie multibarrières. C’est ce qu’explique la régie Eau de Paris pour rassurer les consommateurs : « Lors du traitement de l’eau, trois étapes s’attaquent en particulier aux virus, dont le coronavirus : l’ozonation (injection d’ozone dans l’eau), la désinfection par ultra-violets et la chloration. Le chlore préserve en plus la qualité de l’eau durant son transport. Les travaux de recherche du laboratoire d’Eau de Paris démontrent l’efficacité de ces traitements sur les virus ». La régie va même plus loin en expliquant que « face au risque de propagation du coronavirus, l’eau potable est notre alliée : sans elle, pas de lavage de mains au savon efficace ».

De son côté, le groupe Suez qui dispose d’un centre de recherche qui travaille notamment sur ces questions confirme « qu’aucune contamination de l’eau potable n’a été observée et aucun cas de transmission du virus par l’eau potable n’a été détecté ». Rassurant donc.

L’inconnu de la durée de vie du virus suivant les milieux

Pour autant, il faut reconnaître qu’on ne sait pas encore comment se comporte ce virus dans l’eau, et si on le retrouve dans le milieu naturel. Le docteur Philippe Beaulieu, médecin conseil pour le CIEau nous signale que c’est en Corée du Nord que ce point précis a été investigué, ce pays étant en train « d’examiner les sources d’eau potable, telles que les rivières et les lacs, pour s’assurer que le nouveau coronavirus ne se propage dans le pays ». Pas de résultats publiés encore, néanmoins. Par contre, explique-t-il, « il n’y pas de raison que le virus ne se retrouve pas dans nos eaux usées à partir du moment où l’épidémie sera installée », et particulièrement dans les rejets des hôpitaux. Toute les stations d’épuration ne disposent par forcément d’un traitement de désinfection des eaux usées épurées avant rejet, mais le facteur de dilution de ce rejet dans le milieu naturel diluera ce risque.

Il faut bien réaliser que la découverte du Covid-19 est toute récente et que l’on manque encore cruellement de données conclusives sur ce virus. Des études sont menées dans le monde entier, et publiées au fur et à mesure, mais de nombreuses questions restent sans réponse. « La grande inconnue, c’est sa durée de vie suivant les milieux », explique Philippe Beaulieu, par exemple sur une surface en plastique, carton métal, … mais aussi dans l’air ou l’eau.

Un manque de connaissances

Philippe Beaulieu surveille d’ailleurs toutes les publications scientifiques qui sortent sur le sujet : « suivant les études, on parle d’une durée de vie qui va de quelques heures à quelques jours. Dans l’air, elle serait de trois heures. Sur certains métaux, elle serait de 4 à 5h, tandis que sur du carton, du plastique ou de l’acier, on parle de durées de vie de 2 à 3 jours, voire de 9 jours sur métal, verre, ou du plastique. Le vrai résultat, on le connaitra qu’après la crise », explique-t-il à regret.

Pour estimer cette durée de vie, expliquait récemment le magazine Sciences et Avenir, on s’appuie sur des comparaisons avec les coronavirus connus, « soit le SRAS et le MERS, dont la persistance a été évaluée sur différentes surfaces …/… à température ambiante, le nouveau coronavirus survivrait donc, comme ses proches cousins, en moyenne entre 4 et 5 jours. À des températures dépassant 30 °C, la résistance diminue considérablement, ne pouvant dépasser quelques heures. En revanche, des températures plus basses, en dessous de 20°C, favorisent la persistance des coronavirus humains qui survivent jusqu’à neuf jours ».

Appliquer le principe de précaution dans l’assainissement

Difficile de définir aussi sa durée de vie dans les eaux de surface et les eaux usées. « S’il n’y a aucun risque avec l’eau potable, le sujet est plus délicat dans l’assainissement. Et dans la mesure où on n’en est pas sûr, on applique le principe de précaution », explique Tristan Matthieu, délégué général de la Fédération des entreprises de l’eau (FP2E). En d’autres termes, il faut protéger les agents qui interviennent dans les stations d’épuration (et à l’occasion dans les réseaux d’assainissement). « Le risque se concentre dans les aérosols (mises en suspension dans l’air de particules liquides ou sèches, NDLR) », ajoute-t-il.

Selon un récent rapport de l’INRS, ces aérosols « peuvent être mis en suspension dans l’air par les systèmes d’aération (dans les bassins biologiques, par utilisation d’air comprimé, soufflettes, …) ou par déplacement de matières (convoyage, pelletage des boues) ou encore lors de chutes d’eau et d’utilisation d’eau (filtres à bande, filtre-presse, rétrolavage des grilles et toiles des procédés de traitement des boues, tables d’égouttage, ..).

Pour estimer le risque pour les agents des services assainissement, Philippe Beaulieu évoque les expériences épidémiques H1N1 en 2009 : « L’avis de l’ANSES, alors mobilisée pour évaluer les risques pour les travailleurs liés à la présence du virus Influenza pandémique dans les eaux usées, avait estimé comme peu probable, voire négligeable, le risque de transmission du [H1N1] aux travailleurs de l’assainissement, par le biais d’eaux usées, en comparaison au risque de contamination interhumaine classique (toux, éternuements, etc…). Ceci confirmait d’ailleurs l’expertise de 2006 concernant H5N1 », analyse-t-il.

Un manque de masques

Il faut donc protéger les agents potentiellement exposés avec des équipements de protection (masque FP2, lunettes et gants…). Et c’est là que le bât blesse, en raison du manque actuel de masques. La FP2E est en train de discuter avec Bercy pour obtenir ces équipements (il en faudrait pour ce secteur 500 000 par semaine), sachant que même si ces services publics ne figurent pas parmi les premiers équipés, ils sont considérés comme importants. « Mais toutes les professions sont en train de faire remonter leurs attentes au ministère de l’Economie, et pour l’instant, ce n’est pas encore décidé … », regrette Tristan Matthieu. Le risque, c’est que les salariés – tout comme les agents des régies d’ailleurs – fassent jouer leur droit de retrait en raison d’un manque de protection face à ce risque. Mais pour l’heure, il n’y a pas de levée de boucliers des syndicats, assure le représentant de la FP2E.

Enfin, comme nous l’évoquions dans cet article du 13 mars, les services d’eau et d’assainissement disposaient de plans de continuité d’activité qu’ils ont activés dès lors que la crise s’est déclenchée. Les entreprises ont sur ce point un petit avantage sur les régies, dans la mesure où elles mutualisent leurs salariés au niveau régional voire national, et peuvent donc faire intervenir des salariés d’un autre territoire. Un dernier risque réside dans l’infection en grand nombre des agents d’un service, tout en sachant néanmoins que « les missions opérationnelles essentielles peuvent être assurées même avec des effectifs inférieurs à 40 % », estime Suez.

source : lagazettedescommunes.com

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