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Neutralité carbone, le défi du siècle

05/02/2020

Neutralité carbone, le défi du siècle

Grande coupable du réchauffement climatique, la production d’électricité et de chaleur est responsable d’environ 45 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde. Elle n’est pas seule sur le banc des accusés. À côté d’elle se trouvent le transport, l’agriculture et l’industrie. Cette dernière est responsable d’environ 18 % des émissions de GES dans le monde, dont 12 % via sa consommation d’énergie et 6 % via ses procédés industriels. Dans l’Europe des 28, qui pèse pour 10 % des émissions mondiales, l’industrie cause 20 % des émissions, derrière la production d’énergie (27 %) et le transport (22 %). Son poids est quasi le même en France (18 % selon le gouvernement), mais derrière le transport (29 %) et devant le résidentiel et tertiaire (17 %), l’agriculture (16 %) et la production d’énergie (11 %).

Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, visée par une soixantaine de pays dans le monde, dont l’Union européenne, planter des arbres ne va pas suffire. Fermer les centrales à charbon, passer aux énergies renouvelables et développer l’efficacité énergétique non plus, même si ces deux derniers leviers ont permis à l’Europe de réduire de 22 % ses émissions par rapport à 1990, et donc de dépasser son objectif de - 20 % en 2020. L’industrie y a pris une bonne part.

Les émissions de l’industrie ont baissé de 43 % dans l’Union européenne sur la période 1990-2017 et de 47 % en France, selon le Datalab 2019 publié par le gouvernement français avec l’Institute for climate economics (I4CE). L’Agence européenne de l’environnement est moins optimiste. Selon elle, les émissions n’ont reculé que de 35 % dans l’industrie [voir l’infographie ci-contre].

Amélioration des procédés

Des émissions qui proviennent principalement de la métallurgie, de la chimie et de la fabrication de minéraux non métalliques (ciments, chaux, verre…). En France, ces trois sous-secteurs représentent de 62 % à 73 % des émissions de l’industrie, selon les modes de calcul. Si la crise économique de 2008-2009 a joué un rôle, en France, la majeure partie des réductions d’émissions est due à l’amélioration des procédés et à des gains d’efficacité énergétique, selon I4CE. Ainsi, la chimie a réduit de 63 % ses émissions dans l’Hexagone entre 1990 et 2017, notamment grâce à une réduction drastique des émissions de N2O (- 94 %) liées à la production d’acides adipique et nitrique.

Au niveau européen, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le marché de quotas carbone mis en place en 2005 n’y est pas pour grand-chose. Couvrant plus de 12 000 installations industrielles les plus émettrices et 1 400 compagnies aériennes dans 31 pays (les 28 de l’UE plus l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège), l’EU Emissions trading system (EU ETS) couvre environ 45 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union.

Décarboner les procédés industriels

"Pendant longtemps, le prix du carbone était trop bas pour avoir un impact, détaille Charlotte Vailles, chef de projet industrie, énergie et climat de l’I4CE. Une analyse des différents facteurs laisse apparaître, par exemple, que c’est surtout le développement des renouvelables qui a été facteur de baisses des émissions dans l’électricité." Même constat dans le secteur de l’acier où, entre 2005 et 2015, les réductions d’émissions sont principalement venues de l’efficacité énergétique, de délocalisations et dans une moindre mesure de la baisse de la demande en acier, selon l’I4CE. Dans le secteur du raffinage, entre 2008 et 2015, les réductions d’émissions sont, elles, principalement liées à une baisse de la demande en produits pétroliers.

Pour atteindre la neutralité carbone, les États vont devoir inciter les entreprises à investir dans les technologies qui permettent de décarboner, non plus seulement la consommation d’énergie, mais les procédés industriels eux-mêmes. Dans son étude Zen 2050, l’association Entreprises pour l’environnement estime que la France peut être neutre en carbone en 2050, notamment si l’industrie divise par quatre ses émissions, passant de 80 millions de tonnes de CO2 équivalent (MtCO2 eq) en 2015 à 18 MtCO2 eq, voire 13 MtCO2 eq avec de la capture et du stockage de CO2. Certains y travaillent. "Nous avons signé un accord avec l’aciérie d’ArcelorMittal à Gand, en Belgique, pour fournir un équipement permettant de purifier les gaz carbonés qui sortent des hauts fourneaux et de les transformer en bioéthanol", explique David Meneses, le directeur du développement durable du groupe Air liquide.

L’indispensable CCS

Dans le ciment, "on peut remplacer le fuel utilisé pour chauffer le clinker par de la biomasse, du plastique, des pneus, explique Magali Anderson, la directrice du développement durable de LafargeHolcim. C’est ce que l’on fait à plus de 40 % en France et à plus de 55 % en Europe." Le cimentier s’est doté d’un plan d’investissements de 160 millions d’euros pour réduire de 15 % ses émissions de CO2 en Europe. Notamment, lui aussi, grâce au captage et stockage de carbone (CCS), expérimenté sur deux sites, l’un au Canada et l’autre aux États-Unis avec Total dans le cadre du projet Oxy. Le recours au CCS va s’avérer indispensable pour atteindre la neutralité carbone . "Le stockage géologique de CO2 est un puits de carbone dont on ne parle pas assez, observe Isabelle Czernichowski-Lauriol, géologue du Bureau de recherches géologiques et minières. L’Agence internationale de l’énergie a établi différents scénarios pour contenir le réchauffement à 2 °C dans lequel le CCS peut contribuer à 14 % des efforts de réduction des émissions de CO2." Reste à développer de nouveaux modèles économiques et porter le prix de la tonne de CO2 à au moins 100 euros. On en est loin.

Taxe carbone aux frontières de l’UE

Les industriels se contentent donc au mieux d’études et de pilotes. "L’EU ETS alimentait bien déjà un fonds, NER300, de 2 milliards d’euros pour financer les projets innovants en matière d’énergies renouvelables et de capture et de stockage du CO2. Mais il n’a été utilisé qu’à moins de la moitié sur les deux appels à projets. Sur le premier, 600 millions d’euros n’ont pas été utilisés et 700 millions dans le deuxième", remarque Charlotte Vailles. Les 700 millions doivent néanmoins être reversés dans un nouveau fonds d’innovation prévu pour la phase 2021-2030 de l’UE ETS. Son montant total n’est pas encore défini.

Reste aussi à anticiper la perte annoncée de compétitivité des produits européens sur le marché international. Dans son Pacte vert, la Commission européenne a prévu la mise en place d’un mécanisme d’inclusion carbone (MIC), ou taxe carbone aux frontières, mais uniquement pour l’acier et le ciment. Elle a aussi envisagé un fonds de transition juste doté de 7,5 milliards d’euros sur la période 2021-2027 pour aider les États les plus émetteurs à opérer leur transition énergétique et industrielle. La Pologne touchera ainsi 2 milliards d’euros, et la France 402 millions. Les entreprises, elles, vont devoir généraliser l’usage du prix interne de carbone pour anticiper les réglementations climat et évaluer leurs investissements. Elles peuvent s’inspirer du rapport Quinet 2019, qui fixe la valeur d’action pour le climat à 250 euros la tonne de CO2 évitée en 2030. Et le faire sans attendre. Selon une étude d’Euler Hermes, les entreprises devront investir 2 500 milliards de dollars au cours des dix prochaines années pour s’aligner sur le renforcement des réglementations climat. Les entreprises subissent aussi la pression du monde de la finance pour mieux prendre en compte le risque climatique en suivant notamment les recommandations de la Task force on climate-related financial disclosures (TCFD) mise en place par le conseil de stabilité financière du G20 en 2015.

Certaines entreprises ont pris les devants en se fixant des objectifs et un plan climat ambitieux leur permettant de respecter un budget carbone compatible avec un réchauffement limité à 2 °C, voire 1,5 °C fixé par le Science Based Targets. À travers le monde, 788 entreprises se sont engagées dans cette voie, dont 159 en Europe et 54 en France. Quinze industriels français ont déjà validé leur trajectoire, dont L’Oréal, Schneider Electric, Danone et Kering. Limités aux émissions de procédés et de consommations d’énergie internes (scope 1 et 2), ces plans devront aussi s’étendre à leur supply chain. Or c’est le maillon faible d’une politique climat dans l’industrie.

source : usinenouvelle.com

photo : Air liquide

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