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La ville d’Avallon en grande partie alimentée en gaz par la valorisation des biodéchets

27/02/2024

La ville d’Avallon en grande partie alimentée en gaz par la valorisation des biodéchets

Le site d’Avallon Bio Énergie avec son bioflitre bardé de bois au centre, photo Naskéo

La centrale biométhane Avallon Bio Énergie a été inaugurée le 15 septembre 2023 dans le village d’Etaule, à quelques kilomètres à nord d’Avallon dans l’Yonne. Sa production de 260 Nm³/h en pointe assurera dès la fin 2023 les trois quarts des besoins annuels en gaz naturel de la ville d’Avallon, 6800 habitants. Porté par deux agriculteurs, ce projet est remarquable car alimenté en grande partie par les invendus alimentaires de la grande distribution, et qui sont déconditionnés sur le site même de méthanisation. Les porteurs du projet ne sont pas des débutants en la matière et gèrent déjà une autre unité de méthanisation près de Domecy-sur-Cure. Dans cette première installation, ils utilisaient des soupes de déconditionnement issues des grandes régions voisines, l’Yonne ne disposant jusque-là d’aucun déconditionneur. Ce deuxième projet est venu pour combler ce manque et utiliser une matière plus locale !


En 2014, les deux associés créent une première unité de méthanisation en cogénération à la ferme de Come près de Domecy-sur-Cure aux portes du Morvan, la Sarl La Grande Panse

Presque dix ans d’expérience en méthanisation des biodéchets

Lorsqu’en 1996, Christophe Rousseau, bouillonnant ingénieur agronome, reprend la ferme de Côme dans la famille depuis six générations, une exploitation très isolée de Domecy-sur-Cure, il se donne une ligne de conduite : ne pas travailler seul sur cette exploitation de 1100 ha, partager l’emploi, et vivre normalement et non comme esclave ou prisonnier de son exploitation. Ainsi, tout en recherchant des solutions de diversification aux nombreuses crises que traverse l’élevage en France, il crée tout d’abord un atelier de vente directe à la ferme, et assoie son activité avec quatre salariés.

En 2011, il se lance dans la production d’énergie avec une centrale photovoltaïque de 1000 m² et en même temps, il réfléchit à la méthanisation, pour produire lui-même son engrais. Ce projet en site isolé, il va le mener avec un agriculteur voisin, Frédéric Rauscent. Ensemble, ils créent la Sarl La Grande Panse et investissent 2,3 M€ pour une unité en cogénération de 250 kWé mise en service en 2014. L’installation valorise le fumier des deux exploitations et des biodéchets organiques extérieurs. En 2019, suite à une augmentation des disponibilités en biodéchets, un module de 530 kWé prendra le relai.


Le site d’Avallon Bio Énergie avec au premier plan le module de purification, photo Frédéric Douard

C’est pour produire localement la soupe de biodéchets nécessaire au fonctionnement de cette première installation, et pour en alimenter une seconde, près de la ville cette fois pour injecter, que les deux associés montent Avallon Bio Énergie. Cette unité a commencé à injecter le 30 mars 2023 dans le réseau GRDF avec une capacité de 180 Nm³/h, et été dimensionnée pour atteindre les 280 Nm³/h à la fin de l’année.


Le poste d’injection du biométhane d’Avallon Bio Énergie, photo Frédéric Douard

Une intégration complète de la filière

L’unité valorise 20 000 tonnes d’intrants par an : 50 % de CIVE et 50 % de biodéchets agroalimentaires mais surtout de biodéchets alimentaires, notamment ceux du groupe Schiever implanté à Avallon. La montée en puissance de la loi AGEC qui oblige à la collecte des déchets alimentaires, a constitué un axe stratégique majeur dans la mise en place de ce nouveau projet qui devrait atteindre les 25 000 tonnes/an.


Le hall de déconditionnement des biodéchets d’Avallon Bio Énergie , photo Frédéric Douard

La grande difficulté dans le déconditionnement, c’est le plastique. Certaines technologies de déconditionnement ont tendance à fractionner fortement les emballages au point de ne plus pouvoir les séparer. On retrouve ainsi des microplastiques dans le digestat, puis sur les terres, ce qui n’est pas l’objectif. Christophe et Frédéric, qui connaissent bien le problème dans leur première unité, ont travaillé fortement ce sujet pour leur nouveau projet. Ce travail a été réalisé avec la société Green Créative avec laquelle ils ont testé et fait évoluer un prototype de machine d’épuration des soupes durant huit mois.


Le déconditionneur de biodéchets d’Avallon Bio Énergie , photo Frédéric Douard

Avallon Bio Énergie, c’est un investissement de 9 M€ : 1,5 pour le déconditionnement et 7,5 pour la méthanisation et la purification. L’entreprise fonctionne avec trois équivalents-salariés dont 2,5 sur le déconditionnement. Le transport des intrants liquides, notamment des soupes de déconditionnement, et du digestat est réalisé par la société Green Gen basée à Auxerre et qui dispose de dix camions citerne fonctionnant au bioGNV. Green Gen est une société de la holding Inova Business, liée aux Transports Picq & Charbonnier et actionnaire d’Avallon Bio Énergie à hauteur de 20 %. Les autres associés sont les deux agriculteurs pour 60 % des parts et le développeur Ter Green pour 20 %.


Le Flexipure d’Avallon Bio Energie pour séparer les micro-plastiques, photo Frédéric Douard

La prochaine étape du projet consistera à installer une station-service au péage d’Avallon, avec du méthane compressé pour les véhicules légers et du liquéfié pour les véhicules lourds, ainsi qu’une petite station sur le site de méthanisation pour le transport local. Ce nouveau débouché viendra conforter la demande instantanée de gaz sur Avallon, qui actuellement peut baisser à seulement 60 Nm³/h les week-ends de mai à octobre. Dans les cartons du projet, on trouve aussi la récupération du CO2 d’épuration du biogaz et sa liquéfaction.


Pompes à vis excentrée Wangen pour la circulation du digestat, photo Frédéric Douard

Les équipements

Un bâtiment en structure bois de 1500 m² et couvert en photopiles accueille l’activité de déconditionnement et d’hygiénisation. On y trouve un déconditionneur Flexiboost et un séparateur de soupe Flexipure, deux cuves de stockage des soupes avant hygiénisation de 55 m³. Ensuite, après passage dans l’hygiéniseur de 10 m³, les soupes rejoignent une cuve d’hydrolyse de 200 m³ pour introduction directe dans les digesteurs.


Les deux cuves de soupe de déconditionnement et l’hygiéniseur Viwade à droite, photo Frédéric Douard

Un incorporateur de solides de 80 m³ alimente une cuve de pré-mélange Fleximix de 200 m³, qui elle-même alimente deux digesteurs de 2700 m³, puis une cuve de stockage de 5 400 m³. Les trois cuves sont couvertes de gazomètres qui permettent de stocker 3 566 m³ de biogaz, soit la production du site durant 11 h.


La trémie d’incorporation des solides, photo Frédéric Douard

Frédéric Douard / bioenergie-promotion

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