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La santé gagne du terrain au sein des réflexions sur le climat

09/11/2023

La santé gagne du terrain au sein des réflexions sur le climat

Dans les pays les plus exposés aux risques liés au changement climatique, les femmes et les filles sont les plus touchées. © Mustafa Olgun

Longtemps ignorée des politiques liées au climat, le sujet de la santé s'invite de plus en plus souvent dans les débats sur les dérèglements climatiques. Elle figure notamment au programme de la future COP 28.

Comme en témoigne l'organisation d'une journée et d'une réunion ministérielle consacrées au sujet lors de la COP 28 de Dubaï, la santé s'impose désormais comme l'une des thèmes phares des discussions sur le climat. Mauvaise qualité de l'air, modification des schémas pathologiques, expansion des maladies à transmission vectorielle, telles que le paludisme… À l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 18 septembre dernier, le président de la Conférence, Ahmed Al Jaber, a d'ailleurs lui-même souligné les risques que les dérèglements climatiques font peser sur la santé humaine.

Dans son dernier rapport, intitulé « State of Climate Services », publié jeudi 2 novembre et focalisé également sur la santé, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) tire, elle aussi, la sonnette d'alarme. Selon cette dernière, les épisodes de chaleur entre 2000 et 2019, auraient coûté la vie à 489 000 personnes en moyenne. Celui de l'été 2022 aurait causé plus de 60 000 décès supplémentaires en Europe. « Le changement climatique menace d'anéantir des décennies de progrès vers une meilleure santé et un meilleur bien-être, en particulier dans les communautés les plus vulnérables », prévient-elle.

Les femmes et les enfants d'abord

Parmi les victimes de ces dérèglements, on trouve notamment les femmes, particulièrement vulnérables en période de grossesse et lors des déplacements liés aux aléas climatiques, mais également particulièrement oubliées en matière de politiques de santé. Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a mené une étude, en collaboration avec l'université Queen-Mary de Londres. Son rapport, « Taking Stock : Sexual and Reproductive Health and Rights in Climate Commitments : A Global Review », édité le 19 octobre dernier, révèle que sur 119 pays auteurs d'un plan climatique, 23 seulement font référence à la santé maternelle et néonatale. « La crise climatique n'est pas neutre en termes de genre. Dans les pays les plus à risque, les femmes et les filles sont touchées de manière disproportionnée », souligne pourtant le docteur Natalia Kanem, directrice exécutive de l'UNFPA.

Le coût financier des crises climato-sanitaires représenterait par ailleurs entre 2 et 4 milliards de dollars par an d'ici à 2030. La Banque mondiale estime même qu'à l'avenir près de 40 % de la pauvreté liée au climat résulteront des effets directs du changement climatique sur la santé, répercutés sur la productivité, les revenus et les dépenses de santé.

Des populations mieux informées

"Le changement climatique menace d'anéantir des décennies de progrès vers une meilleure santé et un meilleur bien-être"    Organisation météorologique mondiale

 Pour l'OMM, qui a étudié les dispositifs de prévention mis en place dans les pays du monde entier, il est donc désormais essentiel de mettre à la disposition des populations des informations et des services climatiques adaptés, sur les vagues de chaleur à venir mais aussi sur l'exposition aux pollens, par exemple, comme c'est le cas en Europe. Une manière d'améliorer leur quotidien mais aussi d'aider le secteur de la santé à mieux face aux évolutions : insécurité alimentaire ou hydrique, accroissement des maladies infectieuses, conditions météorologiques qui empirent... Au Kenya, par exemple, les organisations humanitaires améliorent l'approvisionnement en eau potable et la nutrition grâce à des mesures d'anticipation de la sécheresse. En Australie, l'application SunSmart contribue à protéger la population contre les rayons UV nocifs.

Aujourd'hui fournis seulement dans un pays touché sur deux, les services d'alerte à la chaleur devraient augmenter rapidement, d'ici à 2027, dans le cadre d'une initiative internationale « d'alerte précoce pour tous », lancée en mars dernier sous l'égide de l'ONU, avec l'aide de dirigeants d'organismes des Nations unies, de banques multilatérales de développement, d'organisations humanitaires, de compagnies d'assurance, d'entreprises et de représentants de la société civile.

Des informations facilement utilisables

Selon l'OMM, les informations des services météorologiques devraient par ailleurs être mieux pensées en amont pour favoriser une meilleure transmission et de meilleurs résultats en matière de santé. Aujourd'hui, en effet, près des trois quarts des services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) fournissent des données climatologiques au secteur de la santé, mais leur utilisation reste limitée : moins d'un quart des ministères de la Santé disposent d'un système de surveillance intégrant ces informations pour surveiller les risques sanitaires liés au climat. Or, les pays bénéficiant d'une couverture d'alerte précoce complète ou substantielle affichent un taux de mortalité par catastrophe huit fois moins élevé que les pays qui en sont dépourvus.

Une situation qui inquiète le secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas. « L'apparition d'El Niño en 2023 augmentera considérablement la probabilité de battre encore des records de température, ce qui déclenchera une chaleur plus extrême dans de nombreuses régions du monde et dans l'océan, insiste-t-il. L'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, l'Europe du Sud, l'Asie du Sud et du Sud-Est et l'Afrique devraient être les plus touchées. D'ici à 2030, l'organisation s'attend à recenser 560 catastrophes de moyenne ou de grande ampleur par an, soit 1,5 par jour.

Des progrès attendus

En 2023, le Congrès météorologique mondial a d'ailleurs approuvé une stratégie décennale visant à faire progresser la science et les services intégrés dans les domaines du climat, de l'environnement et de la santé (2023-2033), en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'autres partenaires du secteur. « Il est clair qu'en canalisant les investissements et en stimulant la collaboration, il existe d'immenses possibilités d'aller plus loin et plus vite », estime le secrétaire général de l'OMM.

Tout en présentant l'investissement dans la santé comme un outil crucial de la résilience climatique, le président de la COP 28, Ahmed Al Jaber, s'est engagé à faire de la prochaine conférence un moteur de l'action internationale dans ce domaine, notamment pour la mise en place de systèmes de santé équitables et résilients aux changements climatiques. Le chemin risque d'être encore long. Actuellement, 0,2 % du total des financements bilatéraux et multilatéraux en faveur de l'adaptation, à peine, soutient des projets fléchés vers la santé. Les investissements visant à améliorer l'approche multisectorielle, ainsi que l'efficacité de la climatologie et de ses services connexes sont également extrêmement faibles.

Nadia Gorbatko / actu-environnement


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