© IISD/ENB | Mike MuzurakisLe président de la COP, André Aranha Corrêa do Lago.
La trentième COP climat s'est clôturée samedi 22 novembre. Elle laisse un goût amer aux participants même si, sur certains sujets, les négociations ont été concluantes. Le multilatéralisme a résisté, mais la cause climatique en pâtit.
Une pincée d'espoir, un soupçon de résignation et deux doses de désillusion. C'est le cocktail final de la Conférence sur le climat (COP30), à Belém, au Brésil, qui s'est terminée samedi 22 novembre. Emblématique sur plusieurs points, cette conférence de la convention climatique (Ccnucc) devait être la « première COP de mise en œuvre », celle des dix ans de l'Accord de Paris, et la première depuis l'avis consultatif historique de la Cour internationale de justice sur les changements climatiques. Autant dire que les attentes étaient élevées. Les États ne pouvaient pas se contenter d'un statu quo, mais devaient cranter un peu plus leurs engagements.
La présidence brésilienne avait défini trois priorités générales : rétablir la confiance multilatérale, relier les politiques aux réalités quotidiennes des populations et se concentrer sur la mise en œuvre. Avec, au final, un accord adopté par consensus par les 194 pays de la convention, l'honneur est sauf, mais à quel prix ? « Nous savions que cette COP se déroulerait dans un contexte politique tumultueux. Le déni, les divisions et la géopolitique ont durement mis à l'épreuve la coopération internationale cette année. Mais, chers amis, la COP30 a démontré que la coopération climatique est plus vivante que jamais, s'est félicité Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques dans son discours de clôture. Nous avons vu à l'œuvre le concept de mutirão. »
L'esprit mutirão en action
C'est en effet cet état d'esprit autochtone désignant un effort collectif que la présidence brésilienne a souhaité insuffler au cours des deux semaines de négociations pour éviter la tentation des replis. La décision phare de cette COP en porte d'ailleurs le nom « la décision mutirão mondial (1) » et en est sans doute le fruit. « Dans un contexte de graves défis géopolitiques, 194 parties continuent d'investir dans le processus et sont disposées à faire des compromis pour préserver le multilatéralisme », analyse avec satisfaction les experts climat du groupe de réflexion E3G.
“ Ce n'est pas avec ce texte qu'on augmente notre ambition globale, mais il ne casse pas les dynamiques précédentes ”Monique Barbut, ministre de la Transition écologique
Mais dans leur volonté d'obtenir un accord, certains pays ont laissé leurs ambitions de côté et se sont résignés : « Il n'y a rien de méchant [dans cet accord]. C'est un texte assez plat. Il n'y a pas le niveau d'ambition qu'on attendait, estime Monique Barbut, ministre française de la Transition écologique. L'Europe, dont la France, s'est résignée à le signer pour valider le volet financier de l'accord, qui représente une avancée, « ce n'est pas avec ce texte qu'on augmente notre ambition globale, mais il ne casse pas les dynamiques précédentes », selon la ministre.
De nombreux observateurs critiquent toutefois les tactiques de négociation de l'Europe et l'accusent d'avoir trop procrastiner, risquant ainsi de bloquer l'ensemble des négociations. « En l'absence quasi totale des États-Unis, l'Europe disposait d'une occasion unique d'assumer un véritable rôle de leadership, rôle pour lequel elle s'était préparée ; au lieu de cela, elle s'est alliée à d'autres acteurs ayant retardé les négociations et a contribué à un résultat globalement décevant », estime l'ONG Can Europe.
Le financement de l'adaptation confirmé
Un nouvel objectif de financement de l'adaptation a en effet été adopté, invitant les pays à tripler leurs financements d'ici à 2035 dans le cadre des 300 milliards de dollars annuels convenus l'an dernier, à Bakou. L'objectif a été reculé de cinq ans, mais pour certains experts, cela reste un « résultat majeur » compte tenu des réductions de l'aide internationale et des difficultés budgétaires des pays en développement. Pour Lily Hartzell, conseillère principale en politiques, banques publiques et développement chez E3G, « il s'agit certes d'un compromis – l'échéance de 2035 reflétant le contexte difficile auquel sont confrontés les donateurs actuellement. Mais un appel clair est lancé aux pays développés pour qu'ils augmentent immédiatement leur financement et – comme pour tout objectif de la Ccnucc – il s'agit d'un seuil minimal d'ambition, et non d'un plafond ».
Les invités surprises de la COP30
Outre les peuples autochtones amazoniens qui, par des manifestations, ont fait entendre leur voix à Bélem, ville hôte de la COP30 bâtie aux portes de l'Amazonie, deux sujets ont joué les invités surprises dans les négociations climatiques. Pour la première fois, une déclaration a porté sur l'intégrité de l'information climatique. Cette notion est même apparente dans la décision mutirão, une première. L'information sur le changement climatique est également mentionnée dans des conclusions techniques. Cependant, le texte a été fortement affaibli en ce qui concerne la protection de l'intégrité scientifique.
Le commerce international fait aussi son apparition dans les débats climatiques. Le texte mutirão prévoit la création d'une série de dialogues lors des trois prochaines intersessions à Bonn pour des conclusions attendues lors d'une réunion ministérielle de haut niveau prévue à la COP33, en 2028.
Les ONG font preuve de scepticisme pour la plupart. « L'objectif d'au moins tripler le financement de l'adaptation peut sembler important, mais il est truffé de faiblesses, estime le Réseau Action Climat (Rac). Il faut encore savoir ce que l'on compte "tripler". L'absence de chiffres précis et l'horizon repoussé à 2035 laissent les pays les plus vulnérables sans perspective concrète pour faire face à l'intensification des impacts climatiques. »
Concernant l'objectif mondial sur l'adaptation, la COP30 a permis d'adopter les indicateurs permettant d'évaluer les progrès accomplis. La présidence brésilienne a fait adopter une liste révisée et réduite d'indicateurs, passant de 100 à 59, ce qui a suscité la frustration de nombreux États. Cette nouvelle liste, élaborée rapidement et sans consultation approfondie des États parties ni des experts, devra être clarifiée en juin prochain lors de la réunion intermédiaire de Bonn.
La transition juste placée au cœur de l'action
Ce qui retient surtout l'attention du RAC, et qu'il qualifie de « victoire » pour cette COP30, c'est la reconnaissance des droits de toutes les personnes et pays qui vont devoir être accompagnés et soutenus dans la transition. Un nouvel accord sur la transition juste, baptisé le Mécanisme d'action de Belém (MAB), indique que le renforcement de la résilience climatique et la construction d'une économie propre doivent également être équitables, permettant à chaque nation et à chaque personne de bénéficier de ses vastes avantages. « Cette demande a été entendue et validée, ici à Belém : un mécanisme sera développé pour que les États puissent travailler sur ces aspects dans les prochaines années. En outre, le mécanisme sur la transition juste a reçu le mandat clair de réfléchir aux évolutions du système économique à même d'assurer un financement équitable de la transition », se satisfait l'ONG.
Déforestation et énergies fossiles, la grande désillusion
La désillusion est en revanche totale autour des enjeux de déforestation et des énergies fossiles. Le Brésil a joué l'audace en proposant de travailler sur des feuilles de route spécifiques. Finalement, rien de tout ça n'apparait dans l'accord final. L'esprit mutirão n'a pas transcendé les positions historiques des pays pétroliers comme la Russie, l'Inde ou encore l'Arabie saoudite. Pour Jasper Inventor, directeur adjoint du programme chez Greenpeace International, c'est une douche froide : « La COP30 a démarré dans un élan d'ambition mais s'est terminée dans la déception. Cette COP promettait de passer de la négociation à la mise en œuvre, mais il n'en a rien été. Le résultat n'est pas à la hauteur de l'urgence. »
En réponse au manque de consensus sur ces questions dans la décision mutirão, le président de la COP, André Aranha Corrêa do Lago, a annoncé la création de deux feuilles de route présidentielles : l'une sur la transition hors des combustibles fossiles de manière juste et équitable, l'autre sur l'arrêt et l'inversion de la déforestation d'ici à 2030. Les résultats devront être présentés lors de la COP31. Les experts d'E3G restent optimistes et retiennent de cet épisode l'élan suscité sur ces questions. « La COP30 a démontré un regain d'énergie et un engagement renouvelé de la part de plus de 80 pays pour accélérer la transition énergétique », note le docteur Matt Webb, directeur associé, diplomatie mondiale de l'énergie propre d'E3G.
Reste à la présidence brésilienne de pérenniser l'action d'ici la COP31 qui, pour la première fois, sera coorganisée : elle sera accueillie par la Turquie, mais présidée par l'Australie. Les États ont également accepté l'offre de l'Éthiopie d'accueillir la COP32 en 2027, ce qui en fera la première COP organisée dans un pays parmi les moins avancés.