Au cœur de la zone portuaire, à dix kilomètres de Bordeaux, un site inédit convertit les restes organiques du territoire en énergie renouvelable et en engrais pour les champs voisins.
e geste protocolaire du ruban coupé, mardi 8 septembre 2026, a scellé une aventure industrielle lancée huit ans plus tôt. À la jonction de Bassens et d'Ambarès-et-Lagrave, CVE Biogaz et le Grand Port Maritime de Bordeaux ont inauguré CVE Port de Bordeaux, une unité de méthanisation territoriale déjà en service depuis janvier 2026. L'installation occupe un foncier de 2,8 hectares mis à disposition par le Port, au milieu d'un environnement où cohabitent terminaux de marchandises, industries lourdes et activités logistiques.
L'implantation raconte une idée simple devenue rare dans le paysage énergétique français. Plutôt que d'expédier au loin les matières organiques triées par les cantines, les supermarchés et les industriels de l'agroalimentaire, le territoire s'est doté d'un outil capable de les transformer sur place. La proximité devient ici un principe de fonctionnement. Les biodéchets voyagent peu, le gaz produit alimente le réseau tout proche et le résidu de traitement retourne nourrir les sols agricoles de la région.
Cette logique de boucle courte répond à une contrainte réglementaire devenue réalité quotidienne. Depuis la généralisation du tri à la source des biodéchets, collectivités et entreprises cherchent des débouchés fiables pour leurs matières organiques. Le site bordelais leur apporte une réponse concrète, à distance raisonnable de leurs lieux de production. Il illustre aussi une mutation plus large de la zone industrialo-portuaire, longtemps associée aux vracs énergétiques et aux pondéreux, qui accueille désormais des projets tournés vers l'économie circulaire et la décarbonation. Cette mutation prolonge les efforts déjà engagés pour faire de la métropole un territoire pilote en matière de charte bordelaise contre les îlots de chaleur urbains.
Derrière les chiffres se dessine une chaîne de valeur locale au croisement de trois mondes qui se parlent rarement. L'industrie apporte le foncier et le savoir-faire technique, l'énergie trouve une source renouvelable ancrée dans le territoire et l'agriculture récupère un fertilisant naturel. Cet assemblage constitue une première en France pour un site situé à la fois dans une zone portuaire dense et aux portes immédiates d'une grande métropole.
À Bassens, une unité de méthanisation transforme 25 000 tonnes de biodéchets en gaz pour 2 600 foyers
CVE Port de Bordeaux, l'essentiel de l'unité de méthanisation
Les repères essentiels à retenir en un coup d'œil
Localisation |
Jonction de Bassens et d'Ambarès-et-Lagrave, à 10 km de Bordeaux |
Mise en service |
Janvier 2026, inauguration le 8 septembre 2026 |
Capacité de traitement |
25 000 tonnes de matières organiques par an |
Production |
32 GWh de biométhane par an, soit 2 600 foyers |
Investissement |
23,8 millions d'euros |
Emplois |
10 postes non délocalisables |
Bénéfice agricole |
1 200 hectares fertilisés chaque année |
CO2 évité |
Plus de 11 200 tonnes par an |

Un projet né en 2018 qui transforme le visage du port
L'histoire commence en 2018, lorsque le Grand Port Maritime de Bordeaux lance un appel à manifestation d'intérêt baptisé Valorisation de produits de seconde vie, inscrit dans le programme européen Port à Énergie et à Économie Positives. CVE Biogaz répond, remporte la sélection et engage un chantier qui mobilisera 23,8 millions d'euros d'investissement. Le montage capitalistique associe les deux partenaires puisque le Port détient 10 % du projet, aux côtés de CVE actionnaire à 90 %.
La contribution du Port dépasse le simple apport financier. En mettant à disposition un foncier stratégique de 2,8 hectares, l'établissement transforme une parcelle portuaire en maillon d'une économie circulaire territoriale.
En mettant à disposition ce foncier et en participant au capital du projet, le Grand Port Maritime de Bordeaux agit concrètement pour faire de la zone portuaire un territoire d'économie circulaire et de décarbonation. Cette unité crée une nouvelle chaîne de valeur locale, au croisement des activités industrielles, de l'énergie et de l'agriculture.
Le projet génère dix emplois non délocalisables et confirme la vocation nouvelle d'un espace portuaire qui rassemble déjà plus de 8 600 emplois directs répartis dans 232 entreprises.
Comment les biodéchets deviennent du gaz de réseau
Le parcours des matières suit une mécanique précise. Collectées dans un rayon moyen de 20 à 25 kilomètres, elles proviennent de la restauration collective, des cantines, de la distribution, des quartiers intra-boulevards de Bordeaux Métropole et des industries agroalimentaires. Un bâtiment fermé, équipé d'un système de traitement de l'air, les réceptionne pour limiter les nuisances olfactives.
Vient ensuite une étape déterminante. Un déconditionneur sépare les biodéchets de leurs emballages et rend possible la valorisation des invendus alimentaires encore conditionnés, sans altérer la qualité finale du gaz et du fertilisant. Les matières préparées rejoignent alors les digesteurs, où des micro-organismes produisent du biogaz par fermentation. Après épuration, ce biogaz devient du biométhane injectable dans le réseau.
L'installation affiche une capacité d'injection de 330 Nm³ par heure, soit une production prévisionnelle de 32 GWh par an. Cela correspond à la consommation annuelle de gaz d'environ 2 600 foyers. Distribué par le réseau local exploité par Régaz-Bordeaux, ce gaz se consomme à proximité immédiate de son lieu de production. L'activité du site devrait permettre d'éviter plus de 11 200 tonnes de CO2 par an.
Que devient la matière après la production de gaz
La méthanisation ne s'arrête pas au gaz. Le processus génère un second produit, le digestat, valorisé comme engrais organique naturel auprès des agriculteurs partenaires. Chaque année, près de 1 200 hectares de surfaces agricoles peuvent en bénéficier, ce qui referme la boucle entre le déchet et le sol.
Les biodéchets ne deviennent une ressource que si nous sommes capables de les préparer et de les valoriser dans une boucle territoriale cohérente. Avec CVE Port de Bordeaux, nous proposons une solution locale et intégrée, le biométhane produit alimente le réseau tandis que la matière organique retourne aux sols.
Cette approche relie trois besoins souvent traités séparément, la gestion des déchets, la production d'énergie renouvelable et la fertilisation des terres agricoles.
Un modèle soutenu par les fonds publics et voué à essaimer
Le tour de table financier a bénéficié d'un appui public marqué. L'Union européenne a contribué à hauteur de 2,71 millions d'euros via le Fonds européen de développement régional, tandis que l'ADEME a apporté 1,18 million d'euros dans le cadre de France Relance. Ces soutiens traduisent la volonté des pouvoirs publics d'ancrer localement les infrastructures de transition énergétique.
L'approvisionnement du site repose sur un équilibre pensé pour sécuriser les volumes. Quarante pour cent des matières proviennent des activités de la place portuaire, quarante pour cent des biodéchets à déconditionner issus de la restauration et des supermarchés, et vingt pour cent de l'industrie agroalimentaire. Cette répartition ancre l'unité dans le tissu économique qui l'entoure.
Le projet s'inscrit dans une dynamique nationale portée par CVE Biogaz. Filiale d'un producteur indépendant d'électricité photovoltaïque, l'entreprise à mission développe et exploite quinze unités, dont trois en construction. En 2025, elle a produit 224 GWh de biométhane, soit l'équivalent du chauffage annuel de près de 18 500 foyers. Le site bordelais devient ainsi une pièce d'un réseau qui grandit à l'échelle du pays.
À l'ombre des grues et des silos de Bassens, une autre idée du port prend forme. Celle d'un territoire qui ne se contente plus de faire transiter les marchandises, mais qui referme lui-même la boucle du carbone et de la matière. Le gaz qui circule aujourd'hui dans les canalisations bordelaises portait hier le nom de déchet. Le site s'ajoute aux initiatives régionales qui redessinent la place de l'agriculture biologique en Nouvelle-Aquitaine. l'agriculture biologique en Nouvelle-Aquitaine. Reste à savoir combien d'autres zones portuaires françaises suivront ce sillon tracé entre le fleuve et les champs.
Sources de l'article
- CVE Biogaz et Grand Port Maritime de Bordeaux – Communiqué de presse, inauguration de CVE Port de Bordeaux
- Crédit Photo Grand Port Maritime de Bordeaux