La Nouvelle-Aquitaine reste la deuxième région bio de France, mais ses fermes et ses surfaces continuent de reculer pour la deuxième année consécutive. Un paradoxe révélateur : le marché repart à la hausse quand la production peine à suivre.
Agence Bio publie ses chiffres annuels et le tableau régional qui s'en dégage est celui d'une filière à la croisée des chemins. En Nouvelle-Aquitaine, 8 627 fermes pratiquent l'agriculture biologique en 2025, contre 8 896 l'année précédente, soit un recul de 3 %.
Pour la deuxième année consécutive, le solde entre nouvelles installations et cessations d'activité est négatif : 552 producteurs ont rejoint la bio tandis que 780 en sont sortis, par arrêt de certification, départ à la retraite ou cession d'exploitation. Les surfaces accusent elles aussi le coup, avec une baisse de 4,2 % ramenant le total à 326 329 hectares, soit 8,5 % de la surface agricole utile régionale.
Ces chiffres interpellent d'autant plus que la Nouvelle-Aquitaine demeure la deuxième région française en nombre de fermes bio et en surfaces certifiées. Le poids de la région dans la filière nationale reste considérable : 2 881 entreprises bio y opèrent, et le chiffre d'affaires des opérateurs régionaux devrait atteindre 1,7 milliard d'euros en 2025, en progression de 8 %. Ce décalage entre indicateurs de production orientés à la baisse et indicateurs économiques en hausse définit la situation d'une agriculture biologique régionale qui résiste, mais qui ne peut pas encore se permettre de relâcher l'effort.
À l'échelle nationale, la dynamique n'est pas fondamentalement différente : le marché bio français atteint 12,6 milliards d'euros en 2025, en progression de 3,6 %, surpassant la croissance de l'ensemble du marché alimentaire. Mais le nombre d'exploitations bio recule lui aussi de 1,3 %, pour la première fois depuis les débuts du mouvement. La Nouvelle-Aquitaine suit cette tendance avec un retrait plus marqué que la moyenne nationale, en raison notamment des difficultés persistantes des filières viticole et grandes cultures, deux piliers du modèle agricole régional.

Le contexte politique n'arrange pas les choses. La Loi d'Orientation Agricole adoptée en février 2025 fixe un objectif de 21 % de surfaces agricoles conduites en bio à l'horizon 2030. Avec 8,5 % en Nouvelle-Aquitaine et 10 % en France, l'écart avec cet objectif est saisissant. En parallèle, les coupes budgétaires touchant l'Agence Bio, dont le financement a été réduit de près de 60 % en 2025, fragilisent les outils de structuration de la filière au moment précis où la reprise de la consommation ouvre une fenêtre d'opportunité.
Agriculture bio en Nouvelle-Aquitaine : les chiffres clés 2025
Les repères essentiels à retenir en un coup d'œil
| Fermes bio | 8 627 exploitations (−3 % vs 2024) |
| Surfaces certifiées | 326 329 ha certifiés ou en conversion (−4,2 %) |
| Part de la SAU régionale | 8,5 % de la surface agricole utile (vs 8,9 % en 2024) |
| Rang national | 2e région française en fermes et surfaces bio |
| Entreprises bio | 2 881 entreprises régionales |
| Chiffre d'affaires projeté | 1,7 milliard d'euros (+8 % en 2025) |
| Bilan installations/sorties | 552 nouvelles installations / 780 sorties |
Les filières sous pression : viticulture et grandes cultures en première ligne
La baisse des surfaces bio en Nouvelle-Aquitaine trouve ses origines principales dans deux secteurs clés. La viticulture, fleuron agricole régional, et les grandes cultures concentrent l'essentiel du recul observé. Pour les vignerons bio, la conjonction d'un marché du vin conventionnel sous tension, de coûts de certification élevés et d'aides PAC insuffisantes conduit nombre d'entre eux à ne pas renouveler leur engagement. La Gironde, premier vignoble bio de France par les surfaces, illustre cette fragilité structurelle.
Du côté des grandes cultures, la situation rappelle celle vécue depuis 2022 : les prix du grain bio peinent à rémunérer correctement les producteurs, et les stocks importants observés ces dernières années ont pesé sur les débouchés. Le déclassement en conventionnel d'une partie des récoltes témoigne d'un déséquilibre persistant entre une offre abondante et une demande qui, certes en reprise, n'a pas encore pleinement absorbé les volumes disponibles.
À l'inverse, certaines filières montrent des signaux encourageants. Les premières années de conversion repartent à la hausse dans les fruits et légumes frais (+44 % à l'échelle nationale), et les productions avicoles affichent une dynamique positive. En Nouvelle-Aquitaine, les filières maraîchage, brebis laitières et herbe fourragère maintiennent une certaine résistance, témoignant d'une diversité agroalimentaire régionale qui reste un atout. Cette réalité contrastée entre filières avait déjà été analysée dans notre dossier sur l'évolution de l'agriculture biologique en Nouvelle-Aquitaine, qui pointait les difficultés propres aux grandes cultures céréalières bio face à la volatilité des marchés.
La consommation bio repart : un signal que la production ne doit pas manquer
La reprise de la consommation constitue la bonne nouvelle de ce millésime 2025. À l'échelle nationale, le chiffre d'affaires bio progresse de 3,6 %, avec une hausse des volumes consommés de 2 %, un indicateur plus solide que la simple progression en valeur. Cette dynamique traverse tous les circuits de distribution : les magasins spécialisés affichent +9 %, la vente directe +8,8 %, et la grande distribution repasse enfin en positif après quatre années de repli. En Nouvelle-Aquitaine, les ventes en grandes surfaces représentent environ 365 millions d'euros, avec des signaux de stabilisation confirmés depuis le second semestre 2024.
Les produits porteurs de cette reprise sont révélateurs des nouvelles attentes : fruits et légumes frais en tête (+7,3 % en valeur), œufs (+9,5 %), boulangerie-pâtisserie (+6,2 %), produits laitiers (+4,8 %). La restauration hors domicile participe également, avec une hausse de 17 % des achats de fruits et légumes biologiques en restauration collective. Le consommateur de 2025 revient vers le bio par conviction autant que par pragmatisme : selon le baromètre de l'Agence Bio, 59 % des Français déclarent consommer bio au moins une fois par mois, soit 5 points de plus qu'en 2024.
Pour que la reprise de la consommation se traduise dans les indicateurs de production, il apparaît essentiel de soutenir les producteurs par des aides ciblées, d'accompagner le développement des filières biologiques et de poursuivre les efforts engagés en faveur de la consommation de produits bio, locaux et français.
Pour que cette dynamique se traduise dans les indicateurs de production, l'enjeu est clair : stabiliser les exploitations existantes, encourager les nouvelles conversions et structurer des filières capables d'absorber une demande en recomposition. La fenêtre est ouverte, mais elle ne restera pas indéfiniment disponible.
Quels sont les défis qui pèsent sur le bio régional
Le premier défi est structurel : le renouvellement des générations. Comme dans l'ensemble de l'agriculture française, la pyramide des âges des producteurs bio penche vers les seniors. Les départs à la retraite non remplacés pèsent mécaniquement sur le nombre de fermes, sans que les installations de jeunes agriculteurs en bio compensent suffisamment. Le déficit de 228 exploitations enregistré en 2025 en Nouvelle-Aquitaine n'est pas une anomalie conjoncturelle, c'est le reflet d'un vieillissement du tissu productif.
Le deuxième défi est financier et politique. La suppression progressive des aides au maintien en bio, entamée en France dès 2017, a fragilisé de nombreuses exploitations. Depuis, chaque révision de la PAC a apporté son lot d'incertitudes. Les baisses budgétaires touchant l'Agence Bio en 2025 réduisent les capacités d'accompagnement, de structuration des filières et de communication auprès des consommateurs, au moment précis où ces leviers seraient les plus utiles. La Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) rappelle qu'en 2017, la suppression des aides au maintien en France a créé l'une des plus fortes distorsions de concurrence en Europe, alors que les pays voisins soutiennent la bio dans la durée.
Le troisième défi est concurrentiel. Sur les étals, les produits conventionnels dits "premium", locaux ou raisonnés, captent une partie des arguments traditionnellement associés au bio, à des prix souvent inférieurs. La part des importations dans les ventes de bio en France atteint encore 28,3 % en 2025, même si elle recule pour la première fois depuis plusieurs années. Cette concurrence de l'offre étrangère, soumise à des normes certes équivalentes mais à des coûts de production différents, reste un défi de compétitivité pour les producteurs néo-aquitains. Par ailleurs, 53 % des Français estiment à tort que la plupart des produits bio vendus en France ne sont pas produits sur le territoire national, un déficit d'image que la filière doit continuer à corriger.
La Nouvelle-Aquitaine, deuxième région bio : un rang à défendre
Avec 326 329 hectares et 8 627 fermes, la Nouvelle-Aquitaine reste la deuxième région bio de France, un rang qu'elle occupe depuis plusieurs années. Son tissu bio est l'un des plus diversifiés du pays, couvrant toutes les filières végétales et animales. La Creuse et la Haute-Vienne affichent de fortes parts de surfaces fourragères bio. La Gironde concentre les vignobles certifiés. Le Lot-et-Garonne et la Dordogne portent la production de fruits bio. Les Deux-Sèvres dominent les productions avicoles avec le premier cheptel porcin bio de la région.
Ce maillage territorial est une force, mais aussi une responsabilité. Le Pacte bio 2023-2027, porté conjointement par les Chambres d'agriculture, Interbio Nouvelle-Aquitaine, Bio Nouvelle-Aquitaine et les Vignerons bio régionaux, incarne la volonté collective de maintenir cette dynamique. Des projets de relocalisation des matières premières bio pour l'industrie cosmétique et de santé, portés par Interbio en lien avec Cosmetic Valley, ouvrent par ailleurs des débouchés nouveaux pour les producteurs régionaux, illustrant la capacité d'innovation des filières locales. Les enjeux agricoles de la région s'inscrivent plus largement dans les défis environnementaux déjà documentés.
L'objectif de 21 % de surfaces bio à l'horizon 2030 fixé par la Loi d'Orientation Agricole semble aujourd'hui éloigné, avec une réalité régionale à 8,5 % qui appelle des mesures concrètes et durables. Mais la Nouvelle-Aquitaine dispose des atouts nécessaires pour rester dans la course : une filière structurée, des consommateurs reconvertis, et un territoire dont la biodiversité et la qualité de l'eau sont des arguments de poids pour défendre, auprès des pouvoirs publics comme des marchés, la valeur irremplaçable d'une agriculture sans pesticides de synthèse.
La bio en Nouvelle-Aquitaine traverse une zone de turbulences, mais elle n'a pas perdu le cap. La reprise de la consommation est là, les filières respirent mieux, et les 2 881 entreprises qui transforment et distribuent les produits bio régionaux regardent 2026 avec un optimisme mesuré. Ce qui manque encore, c'est la traduction de ce regain en nouvelles conversions, en installations pérennes, en soutiens publics cohérents avec les ambitions affichées.
Car à quoi bon fixer un cap à 21 % si les producteurs qui doivent l'atteindre sont contraints de réduire la voilure ?
Sources de l'article
- ORAB Nouvelle-Aquitaine – CP 22 juin 2026
- Agence Bio – Chiffres de l'agriculture biologique en France 2025 – agencebio.org
- Interbio Nouvelle-Aquitaine – Observatoire Régional de l'Agriculture Biologique – interbionouvelleaquitaine.com
- Bio Nouvelle-Aquitaine – Fédération régionale d'agriculture biologique – bionouvelleaquitaine.com
- Chambre régionale d'agriculture Nouvelle-Aquitaine – nouvelle-aquitaine.chambres-agriculture.fr