Avec 26 000 panneaux solaires installés sur le toit de ses bâtiments et de son parking, l'entrepôt d'ID Logistics, près d'Amiens, a désormais la plus grande toiture photovoltaïque de France. L'électricité générée sera utilisée par l'entreprise mais aussi revendue pour la consommation des foyers alentours.
C'est une idée qui n'est pas nouvelle, mais qui est de plus en plus en vogue : installer des panneaux solaires sur les toits des bâtiments et des parkings, afin d'exploiter au maximum les rayons du soleil sans avoir à monopoliser des terres. Cela devrait d'ailleurs devenir la norme, car la loi oblige désormais les entreprises qui construisent, agrandissent ou rénovent des bâtiments à intégrer un procédé de production d'énergies renouvelables, ou un système de végétalisation, sur au moins 30% de la toiture.
Alimenter l'entreprise et 3 500 foyers alentours
À Saint-Sauveur, près d'Amiens, c'est un projet de ce type qui vient de se concrétiser, mais version XXL. Les équipes de l'entreprise Idex ont recouverts 61 000 mètres carrés des toits des entrepôts et du parking d'ID Logistics avec des panneaux solaires. "On a un sentiment de fierté d'avoir pu finaliser ce projet qui est assez titanesque, confie Céleste Droze, cheffe de projet. On a passé une grosse année sur cette toiture." Il a fallu affronter le froid de l'hiver, la pluie picarde, et même travailler en horaires décalés pour éviter les fortes chaleurs, pour en arriver à ce résultat.
L'infrastructure sera mise en service au début du mois d'août et devrait permettre de produire 12 gigawattheures. Idex, qui a investi à hauteur de 15 millions d'euros, vendra cette électricité à moindre coût à ID Logistics. Et le surplus sera réinjecté dans les réseaux, pour être consommé par les habitants du secteur. "Ça dépasse très largement les besoins en électricité de l'entrepôt, donc le surplus va aller dans le réseau, et être consommé à proximité, précise Edouart Roblot, directeur énergies solaires chez Idex. On a mis une très grosse batterie de 3MW en bord de site pour lisser la production, et l'injecter sur le réseau." L'entreprise estime pouvoir fournir l'équivalent de 3 500 foyers de la région d'Amiens.
"Ça va surtout servir à cette entreprise à faire des économies sur sa climatisation"
Si les deux entreprises y voient là un fonctionnement écologique et un avantage financier, l'association France Nature Environnement souligne que le procédé ne compensera pas l'impact environnemental de l'activité d'ID Logistics, qui gère notamment la chaîne logistique pour Amazon. "Ça semble vertueux d'utiliser des bâtiments existants pour mettre des panneaux solaires, il vaut mieux ça que d'aller occuper des terres agricoles dans la campagne picarde. Mais il ne faut pas oublier qu'au départ, ce bâtiment, c'était des terres agricoles !", rappelle Patrick Thierry, vice-président régional de l'association.
On a créé une plateforme logistique immense qui artificialise complètement une dizaine d'hectares, pour une activité industrielle et commerciale qui est destructrice de la planète et du climat.
Patrick Thierry, vice-président de France Nature Environnement Hauts-de-France
"Les marchandises qui sont amenées dans cette plateforme logistique voyagent par avion avec du kérosène, par cargo avec du fioul lourd, et par camion avec du diesel."
Les camions de livraison, devant les entrepôts ID Logistics. • © FTV
Pour lui, mettre des panneaux solaires sur l'un des outils de la surconsommation n'est pas une solution efficace pour préserver l'environnement. "Ça va surtout servir à cette entreprise à faire des économies sur sa climatisation, ironise-t-il. Mais c'est le modèle de départ qui est à remettre en cause. Une partie de la solution, c'est la sobriété, et avec ce modèle d'activité industrielle et commerciale comme Amazon, on en est extrêmement loin, parce qu'on incite les gens à acheter des produits pas chers, notamment de fast fashion."
Patrick Thierry souligne toutefois que le principe même d'utiliser les toitures de bâtiments reste un procédé à encourager. "Il y a plein de surfaces d'hypermarchés, ou l'hôpital sud d'Amiens par exemple, où on devrait installer des ombrières photovoltaïques, dans l'intérêt général", estime-t-il. Des projets de plus en plus courant, d'après Iderx. "Beaucoup de projets de ce type voient le jour en Picardie", confirme Edouard Roblot. Un peu plus tôt dans l'année, d'ailleurs, Amiens métropole a inauguré sa première centrale d'autoconsommation photovoltaïque, en installant des panneaux solaires sur un toit du centre horticole.
Avec Naïm Moniolle / FTV
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