Les maladies et les parasites, renforcés par le réchauffement climatique, fragilisent de plus en plus les arbres. Mais ces menaces ne signifient pas pour autant que la forêt française soit en déclin généralisé, selon l'IGN.
Une hécatombe silencieuse dans les forêts françaises. Le taux de mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans, selon l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), qui publie un atlas des forêts(Nouvelle fenêtre), mardi 15 septembre. Un symbole de la fragilité de cet écosystème aux multiples vertus pour l'environnement, qui se retrouve désormais menacé par le réchauffement climatique.
Après un été marqué par des incendies hors norme, France 2 propose d'ailleurs, mardi à 21 heures en direct, une émission spéciale intitulée "Sauvons nos forêts"(Nouvelle fenêtre) .
Une forêt en expansion...
Dans l'Hexagone et en Corse, la forêt couvre 17,6 millions d'hectares, c'est-à-dire un tiers de l'ensemble du territoire. Et contrairement aux idées reçues, ce chiffre est en augmentation depuis de longues décennies. En deux siècles, la surface de forêt a même doublé en France, selon l'IGN. Une expansion principalement due à la diminution des terres agricoles, qui ont progressivement laissé la place à des arbres.
Ce joyau français, avec une diversité unique en Europe, contribue aux cycles naturels de la Terre. Les arbres absorbent du dioxyde de carbone et libèrent de l'oxygène, indispensable à la vie. Ils régulent également le climat et abritent de nombreuses espèces animales et végétales. "Notre présent comme notre avenir passent par la forêt", explique Sébastien Soriano, directeur général de l'IGN, dans cet atlas. Mais il prévient : "L'Anthropocène [l'ère à partir de laquelle l'activité humaine est devenue dominante] et sa cohorte de sécheresses, d'incendies, de maladies et de tempêtes ont commencé à la mettre à mal."
... mais de plus en plus fragile
Malgré son expansion et sa diversité, la forêt française est aujourd'hui fragilisée. Arbres couchés, morts sur pied, bois au sol... D'après les données de l'IGN issues du dernier inventaire forestier national d'octobre 2025(Nouvelle fenêtre), quelque 16,7 millions de mètres cubes d'arbres morts par an ont été dénombrés entre 2015 et 2023, alors qu'il n'y en avait que 7,4 millions de 2005 à 2013. "On constate une augmentation significative de la mortalité des arbres", de l'ordre +125% en dix ans, confirme Magali Jover, pilote du programme forêt de l'IGN, auprès de franceinfo.
De la sécheresse aux incendies, en passant par les parasites et les tempêtes, les pressions sur la forêt sont multiples et elles ont souvent un dénominateur commun : le réchauffement climatique, qui multiplie et intensifie nombre de ces menaces.
"Le changement climatique est l'un des facteurs majeurs de l'accélération du dépérissement des forêts, mais il n'est pas responsable de tout."
Magali Jover, pilote du programme forêt de l'IGN
à franceinfo
Parmi les phénomènes qui se développent en France, on retrouve notamment les sécheresses, de plus en plus nombreuses et intenses à cause du réchauffement climatique causé par les activités humaines. Lorsque les températures augmentent et que les sols manquent d'eau, les arbres vont fermer leurs stomates (l'orifice des feuilles qui permet de réguler l'évapotranspiration) et fonctionner sur leurs réserves... pendant un certain temps. "Les arbres sont capables de gérer une année un peu compliquée, mais si la sécheresse revient régulièrement, ils seront fragilisés", explique Magali Jover.
Or, un arbre en mauvaise santé se retrouve plus vulnérable face aux parasites et aux maladies, ainsi qu'aux incendies. "C'est un scénario en cascade", complète la pilote du programme forêt. Et les facteurs sont multiples. A La Teste-de-Buch, en Gironde, après le gigantesque incendie qui a brûlé plus de 30 000 hectares en 2022, des scolytes se sont ainsi développés dans les rares arbres qui avaient survécu, augmentant encore l'hécatombe.
Les parasites, ennemi public numéro un
Le réchauffement climatique favorise également le développement des bioagresseurs – comme le scolyte(Nouvelle fenêtre) – dont les larves ne meurent plus pendant les hivers trop doux et attaquent des arbres déjà fragilisés par les sécheresses et les canicules. "De telles interdépendances sont amenées à se renforcer à mesure que la planète se réchauffe", note l'IGN.
Ces maladies représentent la plus grande menace pour les forêts françaises, bien plus que les feux de forêt par exemple. "On a parfois l'impression que les incendies ravagent tout, mais la mortalité naturelle liée au réchauffement climatique est beaucoup plus importante", explique Magali Jover. Parmi les espèces les plus touchées en France, on retrouve le châtaignier, à cause de la maladie de l'encre, le frêne, décimé par la chalarose du frêne, et l'épicéa, à cause des scolytes.
Les autres menaces peuvent provenir de la mondialisation, qui accentue les échanges et les risques d'importation de maladies étrangères, et de la surabondance d'ongulés (cerfs, chevreuils ou sangliers) qui empêchent le développement des jeunes plants.
Pas de "déclin généralisé"
Cette mortalité de plus en plus élevée des arbres a une conséquence directe : la forêt française joue moins son rôle de puits de carbone. Sur la période 2005-2013, les forêts de l'Hexagone absorbaient, contre seulement 39 millions aujourd'hui, selon l'IGN. Certaines forêts émettent même davantage de CO2 qu'elles n'en capturent en raison d'une mortalité très élevée.
"Mais cela est conjoncturel", rassure Magali Jover. Le reboisement peut permettre à ces forêts de reprendre leur rôle de puits de carbone.
Dans son atlas, l'IGN se veut d'ailleurs rassurant. Certes, la mortalité a fortement augmenté, mais "elle ne représente que 0,6% du bois vivant dans ces forêts, ce n'est pas si catastrophique que cela", nuance Magali Jover. "On ne peut pas dire que les forêts françaises soient en déclin généralisé, renchérit Milène Gentils, cheffe du département santé des forêts. Derrière les mortalités, un processus de renouvellement est à l'œuvre." D'après elle, il faut accompagner cette transition en diversifiant les essences et en plantant des espèces plus résistantes à la sécheresse. "Le meilleur gage de résilience reste la diversité."