Canicule : Pourquoi les agriculteurs refusent-ils de s’assurer contre les aléas climatiques, même après cet été ?

Canicule : Pourquoi les agriculteurs refusent-ils de s’assurer contre les aléas climatiques, même après cet été ?

16/09/2026


En France, moins de 20 % des agriculteurs sont protégés contre les aléas climatiques et les pertes de récolte

L'essentiel

  • La ministre de l’Agriculture s’alarme de la faible proportion d’agriculteurs assurés contre les aléas climatiques et réfléchit même à la rendre obligatoire.

  • Moins de 20 % des agriculteurs ont souscrit à une assurance, notamment en raison du coût supplémentaire qu’elle représente.

  • L’évaluation des pertes fait également l’objet de critiques, rendant le système complexe pour les paysans.

Sa venue n’avait pas été officiellement annoncée. Mardi, Annie Genevard était bien présente pour la première journée du Salon de l’élevage qui s’ouvrait à Rennes. Quinze jours après avoir annoncé un plan à un milliard d’euros qui n’a pas complètement convaincu, la ministre de l’Agriculture n’avait sans doute pas très envie d’être prise à partie par des paysans en colère. Victimes d’un été catastrophique qui a brûlé leurs prairies, atomisé leurs cultures et tué des millions d’animaux, les agriculteurs ont la tête dans le seau.

Pour les protéger, la ministre a brandi une idée. « Il faut impérativement que les agriculteurs français s’assurent. » Évoquant même l’éventualité de rendre cette assurance obligatoire. Ce dont parle la ministre, c’est d’une assurance récolte, qui peut couvrir les pertes liées aux aléas climatiques. Cet été, des dizaines de milliers d’agris ont subi des pertes colossales. Certains producteurs de petits fruits de type groseille et myrtille ont perdu la totalité de leurs récoltes. Pourtant, bon nombre d’entre eux refusent d’y souscrire. Avant tout pour une question de prix.

Stéphane est éleveur de vaches laitières en Seine-Maritime. Il n’est pas assuré contre les aléas climatiques. « C’est encore un truc de plus à payer, un truc de plus qui pèse sur la trésorerie. Et encore des dossiers à remplir », tacle l’éleveur. Lui plaide pour une adaptation des fermes. C’est pour cette raison qu’il a réduit ses parcelles de maïs pour y planter de la luzerne, moins gourmande en eau et plus résistante à la chaleur. Installé dans la Manche, Hervé n’a pas non plus d’assurance couvrant ses pertes de récolte. « Trop cher, surtout pour une petite ferme comme la mienne. Et puis, on en donne déjà assez à la banque. »

« Les gens pensent qu’ils sont à l’abri »

Cette année, il a pourtant récolté 40 % de fourrage en moins et s’inquiète pour ses bêtes. « J’ai déjà attaqué mes rations d’hiver depuis le 1er août. Il faudra que j’en achète. » S’il avait été assuré, Hervé aurait pu être indemnisé et il le sait. Mais comme beaucoup, il pense que cet été catastrophique n’aura pas lieu tous les ans. « On le voit en Bretagne. Les gens pensent qu’ils sont à l’abri, en se disant que les gros aléas n’ont lieu que tous les dix ou quinze ans », avance Olivier Desportes, éleveur de porcs à Guenroc.

Celui qui est aussi président du Crédit agricole des Côtes-d’Armor sait que « sa » région est mal couverte. En Bretagne, moins de 1.000 fermes sont assurées. « Tout dépend de la dimension de l’exploitation. Il y a un effet taille. Les plus petites exploitations n’y voient pas toujours un intérêt », reconnaît Benoît Lucas. Le directeur général de banque dans le Finistère précise cependant que certains secteurs y ont un recours massif, « notamment les serristes. » En 2023, la tempête Ciaran avait ravagé de très nombreuses serres dans la région. Ceux qui étaient assurés avaient davantage été indemnisés. « J’ai assuré la ferme, les bâtiments. Mais je n’ai pas d’assurance climatique. Je ne sais pas s’il faudra que j’y passe. Vu le contexte, ça peut-être une bonne idée », témoigne Jean-Michel, éleveur de vaches installé à Merdrignac (Côtes-d’Armor).

« Les éleveurs sont assez grands »

Pour les exploitants, l’assurance a d’abord un coût. Calculée à l’hectare, elle vient alourdir les charges, même si l’État absorbe 70 % de la facture. Selon la chambre régionale d’agriculture de Bretagne, le reste à charge est de l’ordre de 20 euros par hectare mais peut grimper en cas de bon rendement.

Beaucoup attendent de voir quelle efficacité elle aura après cet été brûlant. « Les éleveurs sont assez grands. Si beaucoup ne s’assurent pas, c’est qu’ils ont un doute sur l’efficacité. Il y a un coût d’entrée colossal. Regardez les légumiers. S’ils pouvaient s’assurer, beaucoup l’auraient fait », estime Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA.

L’autre problème des paysans, c’est de voir comment fonctionne le dispositif d’Indemnisation de solidarité nationale (ISN). Des critiques émergent notamment sur les calculs réalisés sur la base des images satellites d’Airbus permettant d’évaluer les pertes dans les prairies. Pour être indemnisé, il faut se justifier, prouver, remplir des dossiers. Pas vraiment la tasse de thé des exploitants. « Ce sera un exercice grandeur nature cette année », prévient le président de la FNSEA.

20minutes

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