"Les banques françaises ferment les yeux"

"Les banques françaises ferment les yeux"

25/11/2025
"Les banques françaises ferment les yeux"

En pleine COP30, les ONG Reclaim Finance et Canopée reprochent à quatre groupes bancaires tricolores de participer à des transactions en faveur de deux géants de l'agroalimentaire américains, Bunge et Cargill.

Des banques françaises pointées du doigt en pleine COP30(Nouvelle fenêtre). Les ONG Reclaim Finance et Canopée ont reproché, jeudi 19 novembre, aux groupes BNP Paribas, Banque populaire et Caisse d’épargne (BPCE), Crédit agricole et Société générale de financer deux négociants de soja accusés de se fournir auprès de fermiers qui ont déforesté l'Amazonie au Brésil. D'après leur rapport(Nouvelle fenêtre), les quatre groupes bancaires français ont participé à des transactions d’un montant de 10 milliards de dollars (8,7 milliards d'euros) en faveur des deux géants de l'agroalimentaire américains Bunge et Cargill entre janvier 2024 et août 2025. "Les banques françaises ferment les yeux sur la réalité du problème de la déforestation en Amazonie", a affirmé Andrea Hernandez, analyste chez Reclaim Finance.

"Face au dérèglement climatique, il est urgent que les banques françaises ouvrent les yeux sur l’impact de la déforestation pour la planète et prennent des engagements sérieux."

Andrea Hernandez, analyste chez Reclaim Finance dans un communiqué

Pour parvenir à ces conclusions, les deux ONG ont comparé la localisation des zones déforestées en Amazonie, cartographiées par le réseau MapBiomas, qui surveille par satellite l'occupation des sols, et celle des entrepôts de Bunge et Cargill, recensés par les cadastres brésiliens. Les associations ont remarqué qu'à 273 reprises, ces silos étaient situés à moins de 50 kilomètres de fermes implantées sur des champs déforestés, suggérant que Bunge et Cargill s'y approvisionnent.

Les banques se défendent

Du côté des banques françaises, toutes assurent avoir pris des engagements pour lutter contre la déforestation. BNP Paribas a affirmé à l'AFP que ses clients devaient avoir mis en œuvre l'objectif "zéro déforestation" d'ici à fin 2025. "La conformité des clients avec cette politique sera évaluée (...) courant 2026", a-t-elle précisé. Du côté du groupe Société générale, la politique de lutte contre la déforestation "inclut des critères d'exclusion spécifiques pour les clients opérant dans les chaînes de valeur du soja en Amérique du Sud", a affirmé l'entreprise. Le Crédit agricole a également annoncé avoir pris des engagements "zéro déforestation", et suivre leur mise en œuvre auprès des clients.

Le groupe BPCE a quant à lui vivement critiqué le travail des deux ONG, fustigeant des "chiffres invérifiables, sans méthodologie explicite", ni "preuve apportée", et ajoute qu'il "publiera sa démarche sur la déforestation fin 2025". Enfin, les deux négociants Bunge et Cargill assurent avoir aussi pris des engagements pour éliminer la déforestation d'ici à fin 2025. Malgré ces déclarations, "ces financements montrent la faiblesse, voire l’absence, des engagements des banques sur la déforestation", assurent les deux ONG, dans un communiqué.

Les limites de la COP30

Ces accusations interviennent alors que des dirigeants de toute la planète sont réunis en Amazonie, à Belém, pour la COP30. La défense des forêts tropicales, qui jouent un rôle majeur contre le réchauffement climatique via l'absorption de carbone, est au cœur des discussions qui doivent s'achever vendredi. Un fonds de lutte contre la déforestation a déjà été annoncé par le président brésilien Lula. "Mais ceci n’est qu’un côté de la médaille, et son impact semble illusoire tant que rien n’est prévu pour mettre fin aux financements qui vont directement aux activités qui causent leur destruction", alerte Klervi Le Guenic, chargée de campagne forêts tropicales au sein de l'association Canopée.

Et si un moratoire signé en 2006 a banni la commercialisation du soja issu de terres déboisées en Amazonie après 2008, le "poumon de la planète" subit toujours des destructions importantes(Nouvelle fenêtre) liées à l'agrobusiness. Dans ce contexte, Reclaim Finance et Canopée appellent les banques françaises à prendre des engagements sérieux de lutte contre la déforestation et à ne plus financer les entreprises qui y participent.

franceinfo

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