Collectivités : comment le réchauffement climatique bouleverse les métiers territoriaux

Collectivités : comment le réchauffement climatique bouleverse les métiers territoriaux

05/01/2026

Une étude de l’Observatoire de la MNT révèle l’ampleur des effets du réchauffement climatique sur le quotidien des agents territoriaux. Il expose la santé physique et mentale de milliers d’entre eux, et oblige les collectivités à repenser l’organisation du travail.

En 2022, un épisode de grêle d’une violence exceptionnelle a lourdement endommagé soixante bâtiments à Vichy, et imposé aux agents de la ville une charge de travail considérable, provoquant un traumatisme durable. Le changement climatique transforme, de manière parfois brutale, le quotidien des agents territoriaux. Canicules prolongées, sécheresses, inondations, ou épisodes de tempête violents rythment désormais leur travail. À mesure que les aléas se multiplient, la santé physique et mentale de milliers d’agents, dans l’ensemble de la fonction publique territoriale, se trouve fragilisée. C’est ce que montre une récente étude de l’Observatoire de la Mutuelle nationale territoriale (MNT), intitulée « Changement climatique : quels impacts sur les métiers territoriaux, le management et les organisations ? ». Des métiers affectés à tous les niveaux de collectivités

Dans les communes, les agents les plus exposés au changement climatique sont ceux dont l’activité se déroule au contact direct de l’environnement. Les équipes de la voirie, des espaces verts, de la propreté ou de l’eau et de l’assainissement affrontent déjà des conditions de travail largement dégradées : chaleur extrême sur les chaussées, risques accrus lors des intempéries, développement de pathogènes dans les réseaux, pollution des cours d’eau liée aux sécheresses. Les tâches deviennent physiquement éprouvantes, et les épisodes de crise exigent des interventions rapides, parfois dangereuses.

Au sein des intercommunalités et des départements, l’étude montre que les métiers du social subissent eux aussi les conséquences directes du réchauffement climatique. Les assistants socio-éducatifs, éducateurs, équipes d’aide à domicile ou agents des maisons départementales des personnes handicapées accompagnent des publics désormais plus vulnérables face aux vagues de chaleur ou aux coupures de réseau. Les déplacements se font plus souvent dans des conditions difficiles, la charge émotionnelle est accrue, et les situations d’urgence s’intensifient, notamment auprès des personnes âgées, précaires ou souffrant de troubles psychiques.

Dans les régions et au sein des établissements publics locaux (EPL), les métiers techniques s’en trouvent également bouleversés. Les agents intervenant sur les infrastructures de transport, les lycées, les ports ou les réseaux énergétiques doivent composer avec des matériaux fragilisés par la chaleur, des équipements vieillissants et mis à rude épreuve, ou encore des exigences nouvelles liées aux réglementations énergétiques. Même les agents administratifs, moins touchés en apparence, voient leur environnement de travail, bureaux non climatisés ou bâtiments mal isolés, devenir inconfortable, voire dangereux, lors des épisodes extrêmes. Les effets du climat sur les agents varient fortement selon les territoires

Les effets du climat sur les agents territoriaux diffèrent radicalement selon les régions. Les agents des territoires littoraux, qui subissent montée du niveau de la mer, submersions marines, tempêtes hivernales plus intenses, et risque d’inondations étendu, figurent parmi les plus exposés. Sur ces zones, les agents techniques et de sécurité sont fréquemment mobilisés en urgence, au péril parfois de leur santé. Les équipes locales doivent protéger les biens publics, sécuriser les populations, gérer l’évacuation de bâtiments, rétablir des réseaux.

Dans le sud de la France, les canicules précoces et prolongées épuisent les équipes travaillant en extérieur, mais aussi celles des crèches, écoles, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou centres sociaux, où les publics fragiles subissent directement la chaleur. « Au-delà de 30 °C pour une activité de bureau et de 28 °C pour un travail physique, la chaleur peut constituer un risque pour la santé des salariés, selon l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Les principaux risques pour les salariés sont le coup de chaleur et la déshydratation. Le coup de chaleur est rare mais grave : il est mortel dans 15 à 25 % des cas ».

Même des départements jusqu’alors préservés, comme le Finistère ou le Loir-et-Cher, ont récemment découvert leur vulnérabilité aux feux de forêts. Partout, la géographie produit des risques singuliers et, avec eux, des charges de travail nouvelles. Repenser l’organisation du travail et renforcer la culture du risque

Selon les auteurs de l’étude, la question n’est donc plus de savoir si les collectivités doivent s’adapter, mais comment elles vont le faire. Les solutions reposent essentiellement sur une transformation de l’organisation du travail.

Une première urgence est l’intégration du risque climatique dans les documents et outils de prévention : mise à jour systématique du Document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp), prise en compte des seuils de vigilance de Météo-France, déclenchement anticipé des plans fortes chaleurs, scénarios de continuité des services, simulation en conditions dégradées. Certaines collectivités expérimentent déjà des protocoles fins adaptés à chaque niveau d’alerte.

L’organisation du travail doit également être repensée, avec des horaires décalés pour les métiers physiques, un réaménagement des plages d’accueil du public, un renforcement des temps de pause, une rotation des agents, des équipements adaptés (gourdes, vêtements techniques, zones de rafraîchissement), une ventilation ou l’isolation des bâtiments. « Nos agents disposent de coussinets rafraîchissants insérés dans les casques de chantier », explique le DRH d’un syndicat eau et assainissement. L’adaptation passe aussi par la gestion de crise : chaque agent doit pouvoir être mobilisé, parfois en changeant temporairement de fonction, ce qui suppose un travail sur la polyvalence.

La formation constitue un autre pilier essentiel. Encadrants, élus, DRH, directeurs d’équipements doivent acquérir une culture du risque et comprendre les effets du climat sur les métiers, insistent les auteurs de l’étude. Les agents eux-mêmes réclament un accompagnement, tant pour développer des compétences techniques que pour aborder l’éco-anxiété ou l’évolution de leurs pratiques.

Enfin, la transition écologique exige de faire preuve de pédagogie. Les citoyens doivent comprendre pourquoi certains lieux ferment lors des fortes chaleurs, pourquoi la végétation spontanée remplace parfois les fleurs décoratives, ou pourquoi des interventions nocturnes sont privilégiées. Sans cohésion sociale, l’acceptabilité des mesures se fissure, et les agents en subissent directement les tensions. « Pour les managers et DRH, l’enjeu n’est pas seulement d’assurer la continuité des services, mais de mobiliser l’ensemble des 250 métiers territoriaux dans cette transition, chacun à leur manière », souligne Laurent Besozzi, président de l’Observatoire MNT et vice-président de la MNT.

www.argusdelassurance.com

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