"Dans deux mois et demi, on risque de fermer les robinets" : après un été caniculaire, la Bretagne frappée par une sécheresse historique

"Dans deux mois et demi, on risque de fermer les robinets" : après un été caniculaire, la Bretagne frappée par une sécheresse historique

18/09/2026

Après un été marqué par des températures extrêmes, la Bretagne traverse une sécheresse historique qui bouleverse les habitudes et menace les cultures. Restrictions d’eau, risque de coupures, récoltes sinistrées et incendies : la région découvre les conséquences concrètes du manque d’eau.

Les mauvaises langues disent qu'il y pleut tout le temps. Et pourtant, après les températures extrêmes de l'été, la Bretagne est frappée par une sécheresse historique. Économie d'eau, cultures qui souffrent, incendies… Quasiment toute la région est en "crise", le niveau de restriction d'eau le plus élevé. Étonnant pour un territoire qui n'a pas l'habitude de manquer d'eau.

La sécheresse s'affiche partout. Sur les panneaux municipaux, on lit des appels à économiser l'eau. En Une de Ouest France dans les kiosques, est imprimé "En Bretagne, on manque d'eau !". Le message est aussi placardé sur les abribus et les quais des gares.

"40 litres par jour à domicile"

La sécheresse s'est glissée jusque dans les SMS de Brigitte, une habitante de Saint-Malo. Elle a reçu un message il y a quelques semaines. "La Régie aloes des eaux nous informe de la crise de sécheresse. Ensemble, limitons nos consommations au volume santé. Une personne : ça doit être 40 litres par jour à domicile", lit-elle. Ce qui a beaucoup étonné cette habitante de Saint-Malo.

Brigitte s'est donc pliée aux consignes. Elle découvre les petits gestes pour économiser l'eau, comme le font depuis longtemps déjà les habitants du sud de la France. "On ne consomme pas par plaisir. Par exemple, pour se laver les mains, je ne mets pas d'eau d'abord pour mouiller mes mains. La douche aussi, on fait très attention. Pour arroser les plantes, c'est l'eau de nettoyage des légumes. C'est tout à fait nouveau ça", explique-t-elle.

De nouvelles habitudes pas encore ancrées

Mais tous ne prennent pas autant de précautions. L'appel à économiser l'eau a du mal à imprimer en Bretagne. Un manque d'habitude qu'il va falloir corriger, prévient Jean-François Richeux, président du syndicat des eaux de Saint-Malo. "On doit partager l'eau. Et les gens ont peut-être moins de conscience. En 2022, après une communication suite à la sécheresse, on a eu des périodes de moins 25% de consommation d'eau. Actuellement ça ne bouge pas. On parle de 40 litres par citoyen par jour. Aujourd'hui, on a 120 litres. Ils ne font pas trop attention. La semaine prochaine, on va baisser la pression dans nos tuyaux. Et là, les gens vont commencer à prendre conscience", prévient-il.

Si les comportements ne changent pas assez, les mesures pourraient devenir bien plus radicales pour sauver les réserves d'eau.

On est à deux mois et demi de nos réserves, c'est-à-dire que dans deux mois et demi, on devra fermer les robinets.

Jean-François Richeux, président du syndicat des eaux de Saint-Malo

à franceinfo

"La meilleure prise de conscience, poursuit-il, c'est si malheureusement le préfet délivre un arrêté de coupure et que les gens doivent aller avec le jerricane chercher de l'eau à la salle des fêtes. C'est envisageable, s'il n'y a pas de pluies suffisantes durant l'automne."

Il faut de la pluie pour remplir les réserves, martèle Jean-François Richeux. Et beaucoup de pluie. Bien plus que ce qui tombe ce jour de septembre sur les pommiers d'Arnaud Jouny, un producteur de cidre.

"Si je n'ai pas 4-5 mm dans mon pluviomètre, pour moi, il n'est rien tombé. Là, on a à peine un millimètre d'eau", calcule le producteur de cidre. Sur ses arbres, frappés par la chaleur et la sécheresse, il n'y a pas la moindre pomme. La récolte catastrophique comptabilise 90% de pertes.

"Non seulement vous devriez voir des pommes, mais vous devriez aussi voir les branches qui ploient sous le poids de ces pommes. Là il y a zéro pomme. D'ici à la fin du mois de septembre, il faut qu'on arrive à voir plusieurs millimètres d'eau de pluie", espère l'agriculteur.

"On a vraiment un risque de voir des arbres au printemps prochain qui ne feront pas feuilles, qui seront crevés tout simplement."

Arnaud Jouny, agriculteur

à franceinfo

La température a dépassé les 42 degrés en Bretagne

Le célèbre cidre breton est en danger si rien n'est fait, prévient Anraud Jouny. Il faut s'adapter, ce qu'il fait depuis plusieurs années. Il plante des variétés plus résistantes ou recrée des haies pour conserver l'humidité. Un autre symbole de la sécheresse de la région, se trouve un peu plus à l'ouest, au Cap Fréhel. Le site est emblématique pour ses falaises, sa lande de bruyère et désormais sa trentaine d'hectares noircis par un incendie pendant l'été 2026. Le chemin de randonnée est toujours fermé, un spectacle des plus inhabituels.

"On ne pense pas être concerné par ce genre de choses, nous ici", reconnaît Nine. Elle habite un hameau, juste à côté du Cap Fréhel. Elle a même dû évacuer pendant l'incendie. "On est venu frapper chez moi en me demandant, en 10 minutes de temps, de sortir de ma maison. Je ne m'y attendais pas. Ça remue quand même. C'est troublant", se rappelle-t-elle.

Cette retraitée le sait, d'autres étés caniculaires et secs suivront. "Il va falloir vivre avec", dit-elle, en s'occupant de son jardin. Ces hortensias, la fleur bretonne par excellence, n'ont d'ailleurs pas résisté au dernier mois. Pour la première fois depuis le début des relevés météo, la température a dépassé les 42 degrés en Bretagne cet été.

france info

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