Dans un nouveau rapport consacré à "l'impact et la dépendance des entreprises vis-à-vis de la biodiversité et des contributions de la nature aux populations", l'IPBES (aussi appelé "Giec de la biodiversité") a listé plus de 100 actions à mettre en place pour impliquer les entreprises dans la protection de l'environnement.
Se repérer dans "la jungle boursière", créer une "ruche d'entreprises" pour aider les "jeunes pousses" à monter un "business florissant" ? Les acteurs économiques ne font pas que s'inspirer du vivant. Ils en dépendent, insistent les scientifiques de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Dans le résumé de leur dernier rapport(Nouvelle fenêtre), publié lundi 9 février, ces experts internationaux mandatés par les Nations unies rappellent que "toutes les entreprises dépendent de la biodiversité". Et si leurs activités "ont un impact" sur l'environnement, peu d'entre elles "supportent [le] coût financier de leurs impacts négatifs", de même que "beaucoup ne parviennent pas à tirer profit de leurs impacts positifs".
A l'heure ou la diversité biologique fait les frais d'un système qui privilégie la rentabilité à court terme, au détriment de la santé des écosystèmes, deux possibilités s'offrent aux acteurs économiques du monde entier : "soit ouvrir la voie à une économie mondiale plus durable, soit risquer l'extinction... des espèces dans la nature, mais aussi potentiellement la leur", met en garde dans un communiqué l'un des coprésidents de ce rapport "Entreprises et Biodiversité", le Britannique Matt Jones.
Puisqu'il n'existe guère de business sans eau saine, sans sol fertile, sans végétation et sans espèces animales, ce rapport, fruit de trois ans de travail, appelle à "aligner ce qui est rentable pour les entreprises sur ce qui est bénéfique pour la biodiversité et les populations".
Rendre la protection de la nature plus rentable
"La perte de biodiversité est l'une des menaces les plus graves pour les entreprises", abonde un autre corapporteur du texte, l'Américain Stephen Polasky. Pour cet économiste, le fait "qu'il semble souvent plus rentable pour les entreprises de dégrader la biodiversité que de la protéger" relève indiscutablement du "paradoxe". En 2023, les flux financiers mondiaux ayant des impacts directement négatifs sur la nature ont ainsi été estimés à 7 300 milliards de dollars, dont environ 2 400 milliards de dollars de dépenses publiques en subventions néfastes pour l'environnement, pointe l'IPBES. En comparaison, les flux financiers publics et privés orientés vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité se sont élevés à 220 milliards de dollars pour cette même année (soit à peine 3% des montants alloués par le secteur public en subventions dites "néfastes").
"Avec les bonnes politiques, ainsi que des changements financiers et culturels, ce qui est bon pour la nature constitue aussi le meilleur choix en termes de rentabilité."
Stephen Polasky, corapporteur du texte "Entreprises et Biodiversité"
dans un communiqué
Or, pour passer d'un comportement destructeur à une approche vertueuse, encore faut-il avoir connaissance des impacts de nos activités sur la nature. Dans ce rapport, l'IPBES se propose de "dissiper la confusion des innombrables méthodes et indicateurs", en fournissant aux entreprises des repères méthodologiques. L'objectif : les aider à agir, en évaluant leur dépendance et leurs impacts vis-à-vis de la biodiversité, alors que moins de 1% des entreprises qui publient des rapports environnementaux mentionnent leurs impacts sur la biodiversité.
Pour aider les acteurs économiques et politiques à opérer cette indispensable transformation, les scientifiques ont ainsi listé plus de 100 outils concrets : créations d'incitations financières, promotion de la transparence tout au long des chaînes de valeurs, collaborations avec les communautés locales et autochtones... Ce rapport, approuvé par les représentants de plus de 150 gouvernements membres de l'IPBES réunis à Manchester (Royaume-Uni), n'est pas qu'un simple signal d'alarme. Il se présente aussi, pour la première fois, comme un livre de solutions.