Logistique décarbonée : l’État et la Région Bretagne déploient une feuille de route stratégique

Logistique décarbonée : l’État et la Région Bretagne déploient une feuille de route stratégique

10/02/2026

Réunis le 20 janvier dernier à Cesson-Sévigné (35) pour la troisième Conférence régionale de la logistique, l'État et la Région Bretagne ont officialisé le lancement d'une nouvelle feuille de route pour le transport de marchandises. Présentée devant une centaine d'acteurs économiques et institutionnels, elle vise à concilier compétitivité économique et décarbonation du secteur, à travers quatre axes de travail et 30 actions à déployer d'ici 2028.

Réunis pour la troisième Conférence régionale de la logistique, l'État et la Région Bretagne ont officialisé le lancement d'une nouvelle feuille de route pour le transport de marchandises. © DREAL Bretagne

Organisée ce mardi 20 janvier 2026 à l’institut de recherche technologique B-COM, à Cesson-Sévigné près de Rennes (Ille-et-Vilaine), la troisième Conférence régionale de la logistique marque une nouvelle étape pour la politique bretonne de transport de marchandises. L’événement, ouvert notamment par Éric Fisse, directeur de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de Bretagne (DREAL), Loïg Chesnais-Girard, président du Conseil régional et Loïc Hénaff, élu régional, a rassemblé plus d’une centaine de représentants d’entreprises, de collectivités et d’institutions.

Après une phase de concertation menée avec le cluster Bretagne Supply Chain et l’Observatoire Régional des Transports de Bretagne (ORTB), la filière logistique bretonne dispose désormais d’un référentiel commun pour affronter les mutations du secteur. Cette feuille de route, adoptée fin 2025, ne se veut pas un simple document d’orientation, mais un guide opérationnel comportant 30 actions concrètes à déployer. L’enjeu affiché est clair : structurer un dialogue public-privé efficace pour accompagner un secteur stratégique de l’économie bretonne dans ses transformations, tout en sécurisant sa compétitivité et sa capacité à répondre aux évolutions réglementaires et environnementales.

Un secteur stratégique sous contraintes fortes

Cette mobilisation répond à des enjeux de taille. Le secteur des transports et de la logistique concentre 10 % des emplois en Bretagne. Avec 1,2 million de mètres carrés de surfaces logistiques sur le territoire régional, la filière constitue un maillon essentiel de l’économie bretonne, mais également un levier majeur pour atteindre les objectifs environnementaux fixés par les pouvoirs publics. À l’échelle nationale, « Il est prévu que le fret ferroviaire double sa présence d’ici 2030 . Sa part représentant 18% dans le transport de marchandise, et doit monter à 25 % d’ici 2050 », a souligné Éric Fisse.

La situation particulière de la région complexifie la donne. Une situation géographique excentrée, l’importance des flux maritimes ou encore la dépendance aux échanges interrégionaux et internationaux. Elle entraîne un surcoût de transport de 8 % par rapport à la moyenne nationale, pesant sur la compétitivité des entreprises.

Une feuille de route partagée, 30 actions à déployer

Fruit de quatre années de travaux, la « Feuille de route de la mobilité des biens et des marchandises en Bretagne » a été élaborée conjointement par l’État, la Région et l’ensemble des parties prenantes, avec l’appui de Bretagne Supply Chain et de l’Observatoire régional des transports de Bretagne (ORTB). Adopté fin 2025, ce référentiel commun se décline en quatre axes – connaissances, compétitivité, décarbonation, territorialisation – pour un total de 30 actions à mettre en œuvre d’ici 2028.​​

Un total de 30 actions à mettre en œuvre d’ici 2028.​​

Parmi les mesures mises en avant lors de la conférence, figurent le renforcement de l’accès à l’information logistique pour les entreprises, en particulier les PME, la formation aux fondamentaux de la supply chain, ainsi que l’accompagnement de l’évolution des métiers pour faire face aux difficultés de recrutement et aux besoins de compétences nouvelles. Par ailleurs, l’ORTB a développé depuis 2024 un tableau de bord régional de la logistique, composé de plus de 200 indicateurs, destiné à éclairer les décisions publiques et privées. Désormais, l’enjeu est de diffuser largement ces données et de les intégrer dans les stratégies des acteurs.​​

Des solutions sur tout le territoire

Au-delà des grandes infrastructures, des initiatives locales ont été mises en lumière pour répondre aux spécificités géographiques de la Bretagne. Des projets ont été présentés par la Fédération des transports routiers (FNTR), l’Union nationale des industries de carrières et matériaux (UNICEM), l’Association des entreprises bretonnes agroalimentaires (ABEA), la démarche « Pacte sectoriel transport logistique » sur l’attractivité des métiers, ainsi que par les acteurs portuaires de Brest.

Deux expérimentations ont particulièrement retenu l’attention : un projet de conciergerie rurale et itinérante, testé dans des communes des Côtes-d’Armor, à Quessoy et Pommeret, pour acheminer services de proximité et produits du quotidien via des tournées optimisées, et un programme visant à repenser la logistique des îles bretonnes, co-porté par l’Association des Îles du Ponant, Bretagne Supply Chain et le programme InTerLUD. Ce dernier doit déboucher sur une charte et un plan d’actions adaptés aux contraintes insulaires (isolement, saisonnalité, dépendance aux conditions météorologiques), à l’issue de rencontres organisées à Brest puis sur l’île d’Ouessant.​​

La décarbonation du secteur constitue l’un des piliers de la feuille de route. Les actions retenues visent à accélérer la transition énergétique des flottes (électrification, biocarburants, hydrogène, retrofit, transport maritime vélique), à encourager les offres logistiques décarbonées et à soutenir les filières émergentes.​​ « Nous avons une dynamique à créer », selon Loïg Chesnais-Girard. L’État et la Région ont déjà fléché 64 millions d’euros dans le cadre du volet mobilités du Contrat de Plan État-Région (CPER) pour soutenir les ports et le fret ferroviaire, avec l’ambition de faire des ports de commerce bretons, notamment Brest et Lorient, des plateformes centrales de la décarbonation.​​

Une démarche structurée depuis 2023

2026 est l’année du passage à l’action, le message semble être passé. Transformer cette logique de diagnostic à une logique de mise en œuvre, tel est le mot d’ordre partagé lors de l’événement pour que la logistique devienne un levier de performance économique, autant qu’un vecteur de transition environnementale. Loïc Hénaff a insisté sur l’importance de ce passage à l’action. Pour lui, Il ne faut pas s’endormir et anticiper les chocs économiques, dont la hausse du prix du pétrole. « Les enjeux sont colossaux, il faut une politique vigoureuse », a-t-il expliqué.

« Les enjeux sont colossaux, il faut une politique vigoureuse »

Mise en place en 2023 par l’État et le conseil régional, la Conférence dédiée à la logistique est appelée à devenir l’instance de dialogue structurée entre l’État, la Région et les acteurs économiques pour suivre la mise en œuvre de la feuille de route adoptée fin 2025, partager les retours d’expérience et ajuster les priorités, notamment dans un contexte de double-contrainte : zéro émission nette et zéro artificialisation nette à l’horizon 2050.​​ Pour palier ce problème, les pouvoirs publics ont anticipé, en gardant 900 hectares destinés aux entrepôts logistiques, répartis selon des critères bien précis et disponibles dans une enveloppe. Une évidence, pour le président du Conseil régional : « Les entrepôts logistiques, c’est le sang de l’économie. »

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