- Pour Fabrice Bonnifet, le réemploi est un enjeu majeur de souveraineté dont doivent s'emparer toutes les entreprises.
- Le président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, nous livre ce nouvel édito sur l'économie circulaire.
Aujourd’hui, plus de 80% des métaux stratégiques (lithium, terres rares, cobalt, nickel, cuivre...) proviennent de l’extérieur de l’Union européenne. Plus de 90% du pétrole et du gaz consommés par l’industrie sont également importés. Ce constat factuel contribue à l’essentiel du déficit de la balance commerciale des 27 pays de l'UE. Et prétendre vouloir réindustrialiser à long terme sans quasiment de matières premières sur le continent est un non-sens. Car même si les stocks mondiaux sont encore importants, les concentrations en métaux des gisements baissent inexorablement et les troubles géopolitiques rendent incertains les approvisionnements futurs.
Pour la pérennité de nos entreprises, il serait temps de rompre avec le modèle linéaire anti-économique qui s’appuie sur un extractivisme écocide, à l’origine d’un gigantesque gaspillage de ressources non renouvelables. Le défi va être immense pour ringardiser cette économie de la mort perfusée par la publicité, et qui s’appuie sur un consumérisme volumique générateur d’autant de frustrations que de déchets ultimes. Continuer d’acheter du 100% neuf sans exploiter les leviers de réemploi à notre disposition tout au long de la chaine de valeur, c’est clairement accélérer l’effondrement du système Terre.
C’est là que l’Appel de Paris pour la Reuse Economy, une initiative d'acteurs économiques privés et publics, trouve tout son bon sens : il offre un cadre commun et 10 propositions pour accélérer le passage à l’échelle du réemploi et faire advenir une économie circulaire au service de la vie. Car le réemploi, c’est comme en amour, le 'veuf' ou la seconde main vaut souvent mieux que le neuf !
Voici ces 10 propositions pour accélérer la Reuse Economy :
1 - Créer une culture et un réflexe "réemploi" auprès de tous les acteurs (privés, publics, citoyens), notamment dans les stratégies d’entreprise et les politiques publiques
2 - Développer l’écoconception des produits en vue de leur réemploi et de leur réparation, notamment en élaborant des lignes directrices ou des référentiels communs
3 - Standardiser les produits (emballages et pièces détachées) pour optimiser les flux
4 - Construire et mutualiser des infrastructures de réemploi entre acteurs : transport, stockage, lavage, réparation
5 - Organiser l’accès, le tri et la gestion des gisements de produits réemployables
6 - Élaborer un espace numérique européen sécurisé pour l’interopérabilité des données de réemploi
7 - Créer des labels qualité "réemploi" pour garantir la fiabilité & la sécurité des matériaux, des produits et des emballages reconditionnés
8 - Former dès aujourd’hui aux métiers du réemploi : adapter les compétences existantes et en créer de nouvelles pour accompagner l’évolution du secteur
9 - Définir, par filière, des mécanismes de soutien et des incitations fiscales pour renforcer la compétitivité des modèles de la ReuseEconomy
10 - Faire connaître, appliquer et contrôler les réglementations UE existantes relatives au réemploi