En France, les petites fermes disparaissent au profit d’exploitations de plus en plus grandes. Cette semaine, notre journaliste Kim Vaillant revient sur cet effondrement.
C’est une hécatombe silencieuse. Entre 1988 et 2020, 90 % des départements français ont perdu plus de la moitié de leurs fermes. Ce constat sans appel a été publié par l’association Terre de Liens, à partir de données d’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture. Cette cartographie dresse un tableau alarmant de trente ans d’évolution agricole, commune par commune. Elle révèle notamment qu’au cours des trois dernières années de la période étudiée, près de 40 000 petites exploitations ont disparu.
Si la tendance concerne l’ensemble du pays, certaines régions sont plus touchées que d’autres. C’est le cas de la Bretagne et du Nord de la France, où près de trois quarts des fermes ont disparu depuis 1988, cédant la place à de vastes exploitations spécialisées dans l’élevage intensif ou la monoculture. Cette concentration favorise les plus grosses structures : pour être compétitives, les fermes se spécialisent, produisent davantage et deviennent toujours plus dépendantes des intrants (semences, engrais, pesticides…) et de machines coûteuses. Un modèle qui rime avec productivité… mais aussi avec endettement.
Résultat, selon Agreste, les exploitations de 200 hectares ou plus représentent désormais une ferme sur dix et concentrent un tiers des surfaces agricoles. Une tendance qui pourrait s’accélérer d’ici 2030, échéance à laquelle “un quart des agriculteurs partiront à la retraite”, s’inquiète Terre de Liens.
Les exploitations de 200 hectares ou plus représentent 10 % des fermes et concentrent 1/3 des surfaces agricoles. © L214
Des conséquences pour l’alimentation, l’emploi et l’environnement
La disparition des petites fermes soulève des enjeux majeurs pour notre système alimentaire. La concentration des fermes va de pair avec une perte de diversification de la production agricole, elle crée moins d’accès à des produits locaux variés et accroît la dépendance aux importations sur certains produits. Elle interroge aussi l’avenir de l’emploi agricole, puisque les grandes exploitations, fortement mécanisées, nécessitent beaucoup moins de mains-d’œuvre.
Sur le plan environnemental, l’enjeu est tout aussi crucial. Les petites fermes sont généralement plus diversifiées et contribuent à maintenir des haies, des prairies, des zones humides, autant d’espaces essentiels à la biodiversité. À l’inverse, la concentration des fermes favorise l’uniformisation des paysages, la disparition de milieux semi-naturels, et intensifie la pression sur les ressources en eau.
“La politique agricole que nos gouvernements mènent depuis des décennies creuse la tombe de cette agriculture que la majorité des Français réclame”, dénonce Coline Sovran, chargée de plaidoyer de Terre de Liens dans un communiqué.
Mercosur, le coup de grâce pour les petites fermes ?
Ce constat intervient dans un contexte politique explosif, avec l’adoption récente de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, à savoir le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Très contesté par le monde agricole, cet accord ouvre davantage le marché européen aux importations de bœuf, volaille, sucre ou encore soja d’Amérique du Sud.
Pour les syndicats et les associations paysannes, le risque est clair : une concurrence déloyale entre des producteurs européens soumis à des normes environnementales, sanitaires et sociales strictes, et des produits issus de pays où ces exigences sont bien plus faibles. Un déséquilibre qui pourrait accélérer encore la disparition des petites fermes françaises, déjà étranglées par la pression sur les prix, au profit d’un modèle toujours plus intensif et tourné vers l’exportation.
Au fond, une question s’impose : quel avenir voulons-nous pour l’agriculture française ? Face à cette dynamique, Terre de Liens appelle à un changement de cap. L’association plaide pour une mobilisation des collectivités locales et propose cinq leviers majeurs : faciliter l’accès au foncier agricole, recenser et valoriser les terres agricoles, créer des conditions d’exploitation respectueuses de la ressource en eau, soutenir l’agriculture biologique et les circuits courts, et garantir l’accès à tous à une alimentation saine de qualité.
1 - Cancer et diabète : les conservateurs de nouveau mis en cause
Deux nouvelles études pilotées par l’Inserm suggèrent un lien entre une forte consommation de conservateurs alimentaires et une augmentation du risque de cancer et de diabète de type 2. Les chercheurs ont analysé les habitudes alimentaires de plus de 100 000 adultes puis ont mis en relation l’apparition de ces pathologies avec leur niveau d’exposition aux conservateurs. Résultat : sur les 17 conservateurs analysés, six (dont les sorbates, les sulfites ou encore les nitrites) sont associés à une hausse significative du risque de cancer, en particulier du sein et de la prostate.
Les données montrent également qu’une consommation élevée de certains conservateurs est aussi associée à un risque accru de diabète de type 2. Sont notamment concernés les nitrites et nitrates, utilisés dans la charcuterie, ainsi que le sorbate de potassium, présent dans des produits comme les yaourts ou le beurre. Pour rappel, les conservateurs, codifiés de E200 à E399, sont très largement utilisés par l’industrie agroalimentaire pour prolonger la durée de vie des aliments.
Attention toutefois : ces études n’établissent pas de lien de cause à effet, mais elles renforcent les appels à limiter les additifs et à privilégier les aliments frais ou peu transformés.
Sur les 3,5 millions d’aliments et de boissons répertoriés dans la base de données Open Food Facts World en 2024, plus de 700 000 contiennent au moins un de ces conservateurs. - © Nathália Rosa / Unsplash
2 - Pas de vaches au Salon de l’Agriculture 2026 à cause de la DNC
Ça n’était jamais arrivé depuis la création du Salon. Début janvier, les organismes de sélection des races bovines ont annoncé que leurs animaux ne participeront pas au concours général agricole du Salon International de l’Agriculture, prévu à Paris du 21 février au 1er mars prochain. En cause : les éleveurs ne veulent pas prendre de risques alors que l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse est toujours en cours.
Le Salon International de l’Agriculture aura lieu sans vaches cette année à cause de l’épizootie de DNC. - © Salon International de l’Agriculture
L’organisation du salon a indiqué avoir “toujours souhaité la présence de bovins et a tout mis en œuvre pour la rendre possible”. Des discussions étaient encore en cours afin d’envisager une présence de bovins, “même limitée et symbolique”, mais ce 13 janvier, le SIA a acté que “aucun bovin ne sera présent #SIA2026”. Dans un contexte de forte mobilisation agricole, le Salon de l’Agriculture représente un rendez-vous clé pour le monde agricole. Il permet aux syndicats et agriculteurs de porter leurs revendications et de faire pression sur les responsables politiques.
3 - Le Népal veut durcir sa stratégie de gestion des déchets de l’Everest
Le gouvernement népalais a annoncé vouloir revoir son programme de nettoyage, reconnaissant auprès de la BBC qu’il “n’a pas permis d’obtenir de résultats concrets”. Depuis 2014, les alpinistes étaient tenus de redescendre au moins 8 kg de déchets, sous peine de perdre une caution de 4 000 dollars (environ 3 400€). Un dispositif insuffisant, puisque chaque grimpeur produirait en réalité jusqu’à 12 kg de déchets en moyenne, selon Tshering Sherpa, du Comité de contrôle de la pollution de Sagarmatha, cité par la BBC.
Le Népal renonce à sa stratégie actuelle de nettoyage de l’Everest pour en élaborer une nouvelle, plus contraignante. - © Martin Edström
Autre limite du système : les déchets récupérés proviennent surtout des camps inférieurs, alors que le plus gros du problème se situe dans les camps plus en altitude. Face à l’échec de sa réglementation, le Népal envisage désormais d’instaurer une contribution non remboursable de 4 000 dollars pour assurer un financement pérenne de la gestion des déchets. Car s’il est difficile d’estimer précisément la quantité d’ordures accumulées, elle se compte en tonnes, contaminant à la fois les sols et les sources d’eau.
73 %
C’est le taux d’augmentation des prix des trains Ouigo entre 2017 et 2023. Un constat dressé par la Fédération nationale des associations des usagers des trains (Fnaut), sur la base des chiffres de l’Autorité de régulation des transports (ART). Selon l’association, le prix moyen par billet de la branche low cost de la SNCF est passé de 19,80 € à 34,20 € HT en 6 ans. À noter que cette hausse dépasse largement celle des TGV InOui, qui n’a progressé que de 4 % sur la même période, passant d’un prix moyen par billet de 44,7 € à 46,6 € HT.
Dans un communiqué, la Fnaut précise que “contrairement à une idée reçue, cette augmentation n’est pas due à l’allongement des parcours des Ouigo et à ses destinations plus lointaines qu’à ses débuts”. De son côté, Ouigo, par la voix de son directeur général Jérôme Laffon, conteste cette analyse. Il affirme : “Rapprocher le Ouigo d’il y a 10 ans avec celui d’aujourd’hui revient à comparer des réalités incomparables”. Il met en avant “des départs au centre des agglomérations plutôt qu’uniquement en grande couronne”, ou encore “des distances plus grandes pour plus de trains aux 4 coins de la France”.
Malgré cette flambée des prix, la fréquentation ne faiblit pas : selon la Fnaut, le nombre de voyageurs Ouigo est passé de 8,7 millions en 2017 à 23,8 millions en 2023.
Entre 2017 et 2023, Le prix d'un billet de Ouigo est passé de 19,80€ à 34,20€ HT selon la Fnaut. - © Ouigo / Facebook