Les chiffres provisoires du Citepa pour 2025 révèlent un essoufflement marqué de la transition énergétique française. Avec une baisse des émissions de gaz à effet de serre limitée à 1,6 %, le pays s’éloigne dangereusement de ses engagements pour 2030.
En 2025, la France a émis 363 millions de tonnes équivalent CO₂ (MtCO₂e). Si le recul se poursuit, son intensité s’effondre : après des performances de – 3,9 % en 2022 et un record de – 6,8 % en 2023, la décrue n’est plus que de 1,6 % sur les douze derniers mois. Ce résultat place le pays dans une trajectoire quasi identique à celle de l’Allemagne (– 1,5 %) mais, surtout, à distance de ses propres objectifs. Pour respecter la Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3), Paris devrait maintenir un rythme de réduction annuel de 4,6 % jusqu’en 2030. L’effort actuel est donc trois fois trop lent.
Transports et bâtiment : les moteurs de la transition à l’arrêt
Le secteur des transports, premier émetteur national avec environ un tiers du bilan carbone, affiche une baisse d’à peine 1,4 %. Ce score déçoit alors que le véhicule électrique représente désormais 25 % des ventes de voitures neuves. Pour s’aligner sur la trajectoire 2030, ce secteur devrait pourtant réduire ses émissions de 5 % chaque année. La dépendance aux prix bas des énergies fossiles freine les arbitrages des ménages et des entreprises vers des solutions de mobilité décarbonée.
Dans le bâtiment, la situation est encore plus atone. Les émissions du résidentiel-tertiaire n’ont reculé que de 1 % en 2025, contre un objectif cible de – 7 % par an. Le Citepa pointe la vulnérabilité du secteur aux aléas météorologiques et les effets délétères des politiques de « stop and go » ayant affecté le dispositif MaPrimeRénov’ ces dix-huit derniers mois.
L’industrie et l’agriculture portées par la conjoncture
Si l’industrie manufacturière et la construction affichent une baisse plus flatteuse de 3,4 %, le constat reste nuancé. Selon le Citepa, ce recul découle principalement d’une diminution de l’activité dans la chimie, la métallurgie et le ciment, plutôt que d’une transformation structurelle des procédés de production. La décarbonation réelle reste, à ce stade, jugée « potentielle ».
Le secteur agricole suit une logique similaire avec un repli de 1,8 %. Cette baisse est subie : elle résulte de la réduction du cheptel bovin liée aux difficultés économiques, aux départs à la retraite non remplacés et aux crises sanitaires (épizooties). À l’inverse, les émissions liées aux cultures progressent légèrement, poussées par un recours accru aux engrais azotés.
Le raffinage repart à la hausse et plombe le secteur de l’énergie
Après deux années de chutes spectaculaires (– 16 % puis – 10 %), la production d’énergie stagne avec un infime recul de 0,2 %. Ce plateau s’explique par la reprise d’activité dans le raffinage pétrolier, dont les émissions bondissent de 4,8 % en 2025. Sur les dix premiers mois de l’année, ce segment affichait déjà une hausse de 15 % par rapport à 2022.
Cette dynamique souligne la difficulté de la France à s’extraire des énergies fossiles. Pour le Haut Conseil pour le climat (HCC), comme pour le gouvernement qui dit partager ce constat, l’urgence de mesures supplémentaires est désormais absolue pour sécuriser l’échéance de 2030, qui vise une réduction de 50 % des émissions par rapport à 1990.
La France face au mur des objectifs européens
Alors que la France peine à stabiliser sa trajectoire, le cadre européen durcit les exigences pour les décennies à venir. Si Paris vise une réduction de 50 % de ses émissions d’ici à 2030 (par rapport à 1990), l’Union européenne dans son ensemble affiche des ambitions qui ne laissent aucune place à l’attentisme conjoncturel.
En 2023, les Vingt-Sept avaient déjà réduit leurs rejets de 37 % par rapport à 1990. Un résultat honorable, mais qui masque des disparités, comme en témoigne le ralentissement allemand (-1,5 % en 2025), calqué sur la tendance française.
La Commission européenne a fixé un cap intermédiaire de – 90 % d’émissions à l’échelle du continent pour 2040. Pour la France, cela implique de passer d’une gestion de la baisse « subie » (crises, météo, ralentissement industriel) à une planification « structurelle » massive.
L’atteinte de ces cibles repose sur une accélération sans précédent de la sortie du charbon, du gaz et du pétrole. En France, le rebond du raffinage (+ 4,8 % en 2025) illustre le fossé persistant entre les objectifs de neutralité carbone et la réalité d’une économie encore largement irriguée par les hydrocarbures.
Pour le Citepa comme pour le Haut Conseil pour le climat, sans un triplement immédiat du rythme de réduction des émissions, la France risque de s’exposer à des sanctions européennes ou à des contentieux climatiques pour non-respect de sa propre feuille de route.