Faut-il oublier l'écologie pour gagner les élections ?

Faut-il oublier l'écologie pour gagner les élections ?

04/02/2026

Lettre aux 500 000 (futurs) élus municipaux

Retour de bâton, contrecoup, retour en arrière… L’écologie subit un backlash massif qui a manifestement commencé avec les Gilets jaunes et s'illustre aujourd'hui par les reculs climatiques sur la scène internationale, des lois de renoncement écologique en France et des entreprises qui planquent de nouveau leurs engagements environnementaux en fin de rapport annuel. Pourtant en parallèle la conscience de l'importance des crises écologiques monte et l’écoanxiété se répand. Le baromètre 2025 de l’ADEME montre que 72% de la population est préoccupée par le changement climatique, quel que soit le milieu social. Les sondages, parfois utilisés comme boussole, nous font perdre le nord. Alors qu'en penser d'un point de vue électoral ?

Il n’y a en réalité aucun paradoxe entre ces tendances d'apparence contradictoires. Comme l’explique l’étude Parlons Climat, ce n’est pas l’objectif des politiques écologiques qui génère le backslash, mais leur injustice ou leur inefficacité. Restreindre l’usage de la voiture pour des gens qui ne peuvent pas s’en passer. Baisser le chauffage à distance dans des logements sociaux. Couper l’éclairage dans des quartiers où marcher la nuit fait peur. Les coûts sociaux indirects des mesures environnementales pèsent d’abord sur les classes défavorisées et les classes moyennes modestes dont on parle moins souvent. Ces politiques écologiques mal pensées exacerbent le ressentiment et la défiance envers l'État et les politiques, et détournent par ricochet vers les populismes.

Alors comment construire des politiques de transitions à la hauteur des enjeux écologiques tout en étant socialement justes ? La “Lettre aux 500 000 futurs élus municipaux” de Manon Loisel et Nicolas Rio propose une recette toute simple : bâtir ces politiques sur le “pour qui” et pas que sur le “comment”. Ils posent une question cruciale : pour chaque mesure, qui sont les gagnants et qui sont les perdants ? Car les transitions menacent certains modes de vie. Il nous faut partager à la fois des ressources rares et des efforts plus importants. Ne pas l’assumer, en les prétendant consensuelles et socialement neutres, c’est se garantir un « effet ressac ». La démocratie doit permettre que ceux qui y gagnent soient plus nombreux que ceux qui y perdent et que l'essentiel des efforts pesent sur celles et ceux qui peuvent se le permettre. Cet exercice clarifie donc les impacts directs et indirects. Qui va supporter les frais (humains, financiers) de ces mesures ? En comparaison, si l'on ne met pas en place ces politiques publiques, qui ferait les frais de l’inaction à court et moyen terme ? Ce travail nécessite d’ouvrir la focale et d’inclure les externalités en termes de santé, de sécurité, de pouvoir d’achat…

Les réponses ne sont évidemment pas binaires. Une personne peut gagner et perdre simultanément. Elle peut aussi s’estimer perdante alors qu’elle ne l’est pas. Les conclusions à en tirer sont donc doubles : il faut penser les effets redistributifs des politiques environnementales pour qu'elles soient socialement justes, et travailler à leur réception. C'est ça, faire de l'écologie dans le bon sens.

Transitions Urbaines

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