Ce qui est en train de se passer n’est pas normal

Ce qui est en train de se passer n’est pas normal

25/05/2026

La Newsletter d'Hugo Clément

Ce qui est en train de se passer n’est pas normal

Ces prochains jours vont être marqués par un épisode de chaleur "hors norme" pour un mois de mai en France.

Salut tout le monde,

J’espère que vous allez bien. Cette semaine, j’aimerais vous parler d’un épisode météo qui inquiète de nombreux spécialistes. Depuis plusieurs jours, les prévisions annoncent un épisode de chaleur particulièrement précoce et inhabituelle pour un mois de mai.

C’est notamment l’alerte lancée par l’agroclimatologue Serge Zaka, qui s’est alarmé sur X face à des températures qu’il qualifie lui-même de “difficilement concevables” pour cette période de l’année. Voici ce qu’il écrivait ce mercredi :

On va vivre quelque chose de difficilement concevable : à quelques degrés près, certaines régions de France frôlent des seuils de canicule… en plein mois de mai. Plus de 30°C attendus pendant une durée encore incertaine. Des pointes au-delà de 34°C dans le sud-ouest. Certains scénarios envisagent même localement 36°C en mai.

Les prévisions de température pour ce samedi 23 mai © MeteocielLes prévisions de température pour ce samedi 23 mai © Meteociel

Serge Zaka explique avoir hésité avant de communiquer publiquement, tant cet épisode lui semblait “hors norme”. En fouillant les archives météorologiques, il n’a retrouvé que quelques événements comparables au siècle dernier, notamment en 1922, 1945 et 1947.

Selon Météo-France, cette hausse brutale des températures est liée à un blocage atmosphérique appelé “Oméga” : un puissant anticyclone qui chasse les nuages, bloque les perturbations et fait grimper les températures jour après jour. Un phénomène aujourd’hui amplifié par le changement climatique.

Pour autant, Météo-France rappelle qu’on est encore loin d’une canicule au sens strict. Pour qu’un épisode soit qualifié ainsi, les températures doivent dépasser des seuils sanitaires précis définis département par département, notamment la nuit. Et même si certaines régions du sud-ouest pourraient s’en approcher, les températures nocturnes devraient rester trop basses pour parler officiellement de canicule.

Mais cela reste malgré tout une vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai. Et au-delà des records possibles, une question inquiète déjà : quelles seront les conséquences sur les cultures agricoles, les réserves d’eau et les écosystèmes ?

Cet épisode est aussi un rappel très concret d’une réalité désormais bien documentée : l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Et notre continent fait partie des zones les plus vulnérables à ces dérèglements. Il va falloir s’adapter rapidement si l’on veut éviter de subir ces événements de plein fouet dans les années à venir.

Portez-vous bien,

Hugo

1 - La famille royale des Émirats a touché 71 millions d’euros de subventions de la PAC

71 millions d’euros : c’est le montant des aides de la PAC perçu la famille royale émiratie Al Nahyan entre 2019 et 2024, selon une enquête du Guardian et du consortium DeSmog. Grâce à ses 65 000 hectares de terres agricoles contrôlés en Roumanie, en Espagne et en Italie, la dynastie du président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al Nahyan, aurait bénéficié de dizaines de millions d’euros de subventions européennes. Le système actuel de la PAC attribue en effet les aides principalement en fonction de la taille des exploitations : plus vous possédez de terres, plus les subventions augmentent.

Ces révélations relancent les critiques contre un modèle accusé de favoriser les géants agro-industriels au détriment des petits agriculteurs. En 2024, Agricost, présentée comme la plus grande ferme de l’Union européenne et contrôlée par les Al Nahyan, aurait touché à elle seule 10,5 millions d’euros, soit plus de 1 600 fois les aides d’une exploitation agricole moyenne. Une partie importante de la production serait ensuite exportée vers les Émirats arabes unis, un pays qui importe près de 90 % de son alimentation.

Mohammed ben Zayed Al Nahyan, le président des Émirats arabes unis. © Wikimedia

Mohammed ben Zayed Al Nahyan, le président des Émirats arabes unis. © Wikimedia

2 - Une femme condamnée à 30 000 euros d’amende après avoir battu à mort une lynx

Une femme de 62 ans a été condamnée, mercredi 20 mai, à trois mois de prison avec sursis et 30 300 euros d’amende pour avoir tué une lynx à coups de bâton en 2024 à Niederbronn-les-Bains, en Alsace. Une grande partie de cette somme sera reversée au Centre Athénas, association spécialisée dans la protection de la faune sauvage, au titre du préjudice écologique et pour financer la sauvegarde du lynx dans les Vosges.

Partie civile dans cette affaire, One Voice a salué dans un communiqué “une illustration importante de la prise en compte juridique des atteintes portées à la faune sauvage”, tout en rappelant qu’aucune décision judiciaire ne pourra “réparer la mort de ce jeune lynx”.

L’avocat de la sexagénaire, qu’il décrit comme “une femme ordinaire ayant agi dans un moment de panique”, affirme que sa cliente ignorait qu’il s’agissait d’une espèce protégée et qu’elle a avant tout cherché à défendre ses poules face à une lynx affamée. Selon le Centre Athénas, la France n’abrite plus qu’environ 150 lynx adultes sur son territoire.

3 - La Belgique autorise un pesticide interdit en Europe pour ses pommes de terre

La Belgique est devenue le premier pays européen à autoriser, via une dérogation temporaire de quatre mois, un pesticide à ARN interférent sur les cultures de pommes de terre. Baptisé Calantha, ce produit agit en désactivant des gènes essentiels à la survie du doryphore, un coléoptère responsable d’importants dégâts sur les cultures.

Problème : ce pesticide n’a pas encore été évalué par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, chargée d’examiner ses risques potentiels pour la santé et l’environnement. Son dossier est toujours en cours d’analyse. Pour contourner cette absence d’évaluation, les autorités belges ont utilisé une procédure d’exception européenne normalement réservée aux situations d’urgence ne pouvant être maîtrisées autrement.

Mais les associations Nature & Progrès et Pollinis rappellent que la présence du doryphore n’est pas nouvelle et qu’il existe toute une panoplie d’alternatives sur le marché pour lutter contre le ravageur. Les associations ont déposé un recours devant le Conseil d’État belge pour tenter d’empêcher que cette autorisation fasse cas d’école ailleurs en Europe.

Un doryphore adulte © Scott Bauer, USDA ARS

Un doryphore adulte © Scott Bauer, USDA ARS

Ynsect, aux origines du fiasco : notre nouvelle enquête à voir absolument 👀

On pensait l’affaire terminée. En réalité, elle ne faisait que commencer. Après avoir révélé en janvier les coulisses de la chute d’Ynsect, start-up française d’insectes comestibles ayant levé plus de 600 millions d’euros, dont 148 millions d’argent public, Vakita publie le deuxième volet de son enquête.

Nos premières révélations montraient une usine géante près d’Amiens débordée, des installations hors de contrôle et des témoignages d’anciens salariés décrivant des conditions de travail très préoccupantes. Cette fois, direction Dole, dans le Jura, sur le site pilote censé démontrer la faisabilité industrielle du projet.

Documents internes, nouveaux témoignages exclusifs, larves importées depuis la Hongrie et présentées comme protéines Made in France : cette nouvelle enquête d’Ulysse Thevenon pose une question centrale. Le modèle vanté comme l’agriculture du futur pouvait-il réellement fonctionner à grande échelle ?

Un sujet passionnant, qui raconte autant les promesses de la “tech verte” que les limites d’un système où innovation, communication et financements publics peuvent complètement dérailler.

Cette newsletter a été préparée par Hugo Clément, Axel Roux, Jules Hernandez et Paul Brault

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