Alors que la transition écologique et en particulier l'adaptation climatique apparaissent comme un enjeu majeur des élections municipales, Novethic en partenariat avec Callendar, vous propose de découvrir en exclusivité le classement des dix communes françaises les plus exposées aux risques littoraux (inondations par la mer et érosion côtière) à l'horizon 2050. C’est le premier épisode de notre série spéciale municipales.
Calais, Dunkerque, Grande-Synthe, Les Sables-d’Olonne ou encore Gravelines : voici les communes les plus exposées aux risques littoraux, inondations et érosion côtière, d’après un classement exclusif, réalisé par Callendar pour Novethic à l’occasion des élections municipales. "En tête, on retrouve naturellement les communes des Hauts-de-France situées partiellement dans des polders, suivies de communes des Pays de la Loire caractérisées par une très faible élévation, précise Callendar. Le risque principal est la submersion en période de tempête."
Le classement porte sur le nombre de parcelles cadastrales exposées à un risque d’inondation par la mer ou d’érosion côtière à l’horizon 2050 pour les communes de plus de 5 000 habitants. Une parcelle est considérée à risque d’inondation par la mer si son altitude est inférieure au niveau maximal de la mer à l’horizon 2050, sur la base du scénario le plus pessimiste du Giec (SSP5-8.5, low confidence). L’exposition au recul du trait de côte est évaluée en extrapolant l’indicateur national de l’érosion côtière, c’est-à-dire le rythme de recul du trait de côte observé dans le passé.
"Les submersions ont quitté le registre du risque rare"
Le sujet a été au cœur de l’actualité ces dernières semaines avec la succession de tempêtes qui ont frappé la France. L’adaptation climatique apparaît dès lors comme un enjeu majeur pour les élus locaux. Damien Carême, le maire de Grande Synthe, 7e du classement, l'avait bien compris. Il a été précurseur en attaquant l'Etat pour inaction climatique dès 2019. "La perception dominante est nette : le dérèglement climatique n’est plus à venir, il est déjà là. Les maires n’anticipent plus ; ils gèrent. Dans les communes littorales, l’érosion du trait de côte et les submersions ont quitté le registre du risque rare pour s’inscrire dans la routine de la prévention et de l’alerte", conclut le Shift Projet dans une étude publiée à la veille des municipales.
Cette grande consultation, réalisée auprès de 3 000 élus municipaux, dont 1 000 maires, montre ainsi que la transition écologique est une préoccupation centrale et que les élus sont engagés essentiellement "par pragmatisme". Il apparaît ainsi que plus de 99% des répondants déclarent avoir perçu au moins un phénomène climatique sur leur territoire, 87% se disent préoccupés voire très préoccupés par le changement climatique et 70% des répondants citent la préservation de l'environnement comme l'un des enjeux prioritaires du prochain mandat.
Mais les freins à l’action sont multiples notamment en termes de moyens et de manque de connaissances ou de compétences. Les maires expriment également "une frustration forte devant l’instabilité : subventions modifiées, règles révisées, conditions d’éligibilité mouvantes", note le Shift Project. Le think tank note par ailleurs que la formation et l’ingénierie sont les premiers besoins identifiés et exprimés par les répondants pour accélérer leur engagement.
"Nouvelles vulnérabilités"
"Les maires doivent développer une culture du risque encore inexistante sur de nombreux territoires qui ne sont pas prêts à faire face au changement climatique. Ils doivent adapter leurs territoires, cartographier les aléas climatiques auxquels ils sont exposés mais aussi analyser les besoins sociaux liés à ces risques comme par exemple mettre en place une liste des personnes âgées vulnérables en cas d’inondations, qui ne parviendraient pas à se mettre à l’abri", explique à Novethic Daphné Chamard-Teirlinck, responsable du pôle Transition Ecologique Juste au sein du Secours Catholique.
L’association vient de publier un rapport recueillant de nombreux témoignages des victimes de la crise climatique à l’instar de Christophe et Christelle, installés dans le Pas-de-Calais, où quatre vagues d’inondations se sont succédé entre fin octobre 2023 et janvier 2024. Pour eux, c’est l’angoisse dès qu’il pleut, et la difficulté à réinvestir dans une maison qui pourrait de nouveau être détruite. Marie, habitante du nord de la France est face à un dilemme : vendre son bien endommagé risque de la condamner à une forte perte financière, alors qu’elle doit encore rembourser son crédit et qu’elle craint de ne pas trouver un logement équivalent avec l’argent récupéré.
Bernard, agriculteur du Pas-de-Calais, gère, avec son fils, une exploitation de 110 hectares en bordure du littoral avec 100 vaches laitières et 180 brebis. Sur sa commune, l’érosion côtière atteint jusqu’à 5 mètres par an, fragilisant les dunes protectrices et submergeant régulièrement leurs pâtures lors des grandes marées. Menacée par la montée des eaux, son exploitation doit être déplacée. Mais, ce déplacement se heurte à de lourdes lenteurs administratives qui engendrent un blocage prolongé des investissements et de la modernisation de l’élevage. "Non seulement les changements climatiques touchent particulièrement les personnes les plus vulnérables, mais ils viennent également aggraver la situation des personnes et créer de nouvelles vulnérabilités", résume Daphné Chamard-Teirlinck.
14 sites classés Seveso
Les entreprises sont elles aussi menacées sur ces territoires. Dans le Dunkerquois, région choisie pour la réindustrialisation verte du pays, avec ses usines de batteries, les hauts fourneaux d’Arcelor ou encore son port méthanier, la montée des eaux menace 450 000 habitants mais aussi 14 sites classés Seveso. Parmi eux, la centrale nucléaire de Gravelines, commune située dans notre Top10, et dont la vulnérabilité a déjà été pointée par Greenpeace en 2024. Pour la protéger face au risque de montée du niveau de la mer accentué par une tempête, EDF a fait construire tout autour un mur anti-inondations. Le site est également pressenti pour accueillir deux nouveaux réacteurs EPR2. "La hauteur de la plateforme retenue pour ces réacteurs EPR2 de Gravelines (11 mètres NGF, Nivellement Général de la France) permet une protection contre les inondations extrêmes, en considérant les effets des scénarios du Giec parmi les plus pénalisants vis à vis de la hausse du niveau marin", nous indique EDF. Est-ce que ce sera suffisant ?
"La concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère est déjà suffisante pour entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres à terme. Comme le dit le Giec, "la question n'est plus si mais quand". Reste que les zones de basse élévation sont plus vulnérables et seront dans tous les cas les premières exposées. Qu'elles le veuillent ou non, elles vont devenir le laboratoire de problèmes, et espérons-le de solutions, qui concerneront un jour tout le littoral", commente pour Novethic Thibault Laconde, ingénieur spécialiste des risques climat et fondateur de Callendar. ■