La contamination des eaux dans l'Estuaire de la Seine est ponctuellement accentuée par les orages et les crues

La contamination des eaux dans l'Estuaire de la Seine est ponctuellement accentuée par les orages et les crues

23/09/2026


Les points à retenir

  • Les orages augmentent la concentration de métaux, pesticides et substances pharmaceutiques dans la Seine.

  • Des PCB et pesticides interdits depuis plus de 20 ans ont été retrouvés dans l'estuaire.

Le rapport de recherche Taranis, mené pendant 2 ans par des scientifiques de l'Ifremer et de l'Université de Reims Champagne-Ardenne dans le cadre du programme Seine-Aval, identifie que les épisodes de fortes pluies et de crues révèlent et remobilisent la pollution chimique ambiante de l'estuaire de la Seine.

Bien que la qualité de l'eau de la Seine se soit améliorée depuis 40 ans, notamment grâce aux progrès réalisés dans le traitement des eaux usées et la réduction des émissions industrielles, urbaines et agricoles, la contamination chimique, elle, se stabilise à des niveaux qui demeurent trop élevés pour garantir un bon état écologique des eaux, indique l'Ifremer. « Dans ce contexte déjà dégradé, les événements météorologiques intenses constituent un facteur aggravant. Mieux comprendre l'impact des orages et des crues est devenu un enjeu majeur dans un contexte où le changement climatique devrait accroître la fréquence et l'intensité des épisodes extrêmes », relève Florence Menet, chercheuse à l'Ifremer et responsable scientifique du projet Taranis.

Pour observer les phénomènes de contamination, les chercheurs ont opéré des prélèvements lors des orages et des crues, à plusieurs endroits de la Seine, depuis la ville de Poses en amont de Rouen, jusqu'à la mer lors des crues. Une attention spécifique a été donnée sur la zone rouennaise pour caractériser l'impact des ruissellements urbains et des déversoirs d'orage. Pour mesurer les contaminations, plusieurs méthodes ont été déployées, comme l'utilisation de moules comme organismes sentinelles pour mesurer la bioaccumulation de contaminants chimiques et autres (1) , ainsi que de pièges à particules pour analyser les matières en suspension et leur écotoxicité. Cette stratégie a permis de rechercher plus de 200 pesticides et 90 substances pharmaceutiques, ainsi que des métaux traces, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et polychlorobiphényles (PCB), tout en évaluant leurs effets biologiques.

Ce que révèlent les résultats est, que les orages augmentent la concentration de métaux (2) et de substances pharmaceutiques et pesticides (3) . Les crues favorisent également la concentration de certains pesticides et la pollution aux matières fécales. Les chercheurs ont également retrouvé des substances dont l'utilisation est interdite depuis longtemps, comme certains PCB ou pesticides historiques interdits depuis plus de 20 ans.

« Ces résultats soulignent la nécessité de faire évoluer les dispositifs de surveillance de la qualité des eaux utilisés dans le cadre de la Directive cadre européenne sur l'eau (DCE), qui définit les substances prioritaires suivies pour évaluer l'état chimique des masses d'eau », affirme l'Ifremer.

1. La contamination virale d'origine fécale et des biomarqueurs de toxicité.2. Ifremer : Lors du premier orage suivi dans la boucle rouennaise en juin 2023, les concentrations cumulées en métaux traces (cadmium, cobalt, cuivre, fer, manganèse, nickel, plomb, zinc) ont atteint près de 40 µg/L, soit près du double du niveau ambiant mesuré quelques semaines plus tard. À la station de Val-des-Leux, pourtant la plus en aval du secteur d'étude, les niveaux de cadmium, cuivre, nickel et zinc étaient jusqu'à 5 fois supérieurs à ceux de Petit-Couronne.3. Ifremer : Après les orages, les concentrations cumulées en métabolites, herbicides et substances non approuvées pour l'usage agricole ont augmenté de +36 % à +98 % selon les stations et les familles de molécules. Pour les substances pharmaceutiques, la station de Petit-Couronne a enregistré lors d'un orage des hausses majeures pour certaines molécules : jusqu'à 45 fois plus de kétoprofène, 32 fois plus de paracétamol, ou encore 10 fois plus de mépivacaïne (anesthésique local) par rapport à la campagne suivante.

actu-environnement

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