« On se moque de nous » : écologistes et syndicats se mobilisent pour un budget à la hauteur de l’urgence climatique

« On se moque de nous » : écologistes et syndicats se mobilisent pour un budget à la hauteur de l’urgence climatique

21/09/2026


« Colère », « ras-le-bol »... Alors que le budget 2027 prévoit des moyens en baisse pour l’écologie, après cet été caniculaire et incendiaire, plus de cinquante organisations ont réclamé devant Bercy la fin de l’inaction climatique.

Si c’était l’ouverture du bal de la rentrée sociale et militante, on aurait dit une boum. Entre l’Accor Arena et le ministère de l’Économie, sur l’esplanade régulièrement balayée par les revendications, quelques centaines de personnes agitent des drapeaux verts et bleus. Une grosse « bombe climatique » gonflable — apportée par les Scientifiques en rébellion — vole au-dessus des têtes, les t-shirts rouges de France Nature Environnement (FNE) se multiplient et une fanfare finit par sortir trombones et flûtes traversières.

À quelques mètres, derrière ses grilles et ses façades massives, Bercy reste Bercy : c’est ici que les manifestants sont venus réclamer ce 15 septembre que le budget de l’État se souvienne de l’été qu’on vient de passer. Quatorze cars de CRS soigneusement alignés se feraient presque oublier. Il est 19 heures, les policiers se distribuent leurs rations : taboulé sous plastique et yaourts nature. Certains jouent aux cartes. On ne sait jamais, la fanfare pourrait dégénérer.

Estimant qu’il « n’est pas possible de faire abstraction de ce qui s’est passé cet été », et que les réponses du gouvernement ne sont « pas à la hauteur », Jean-François Julliard, directeur général de FNE, espère lancer une dynamique de mobilisation jusqu’au vote parlementaire du budget.

Une fanfare a accompagné la manifestation devant Bercy. © Mathieu Génon / Reporterre

Derrière cette petite fête de rentrée, l’ambition est très sérieuse. Après l’été 2026, ses canicules, incendies, sécheresses et restrictions d’eau, plus de cinquante organisations — de FNE au syndicat Solidaires en passant par Greenpeace, Médecins du monde, etc. — sont venues réclamer davantage de moyens pour l’adaptation : augmentation du Fonds vert pour les collectivités, plan « grand chaud », taxation des entreprises des énergies fossiles. L’enjeu est justement de ne pas laisser septembre ensabler les braises et la sueur de l’été.

Une cinquantaine d’organisations étaient présentes. © Mathieu Génon / Reporterre

« Ça va être explosif »

Les prises de parole, elles, doivent parfois se passer de sono. « On est devant Bercy pour demander un budget à la hauteur de l’urgence climatique », clame Axèle Gilbert, chargée de plaidoyer chez FNE, sur une remorque de camion devant des manifestants, dont certains arborent une couverture de survie siglée du message « symbole de l’inaction climatique », ou encore une pancarte « incendies, canicules : +7 300 décès ».

 

Jean-François Julliard (FNE) estime qu’il «  n’est pas possible de faire abstraction de ce qui s’est passé cet été  ». © Mathieu Génon / Reporterre

« On veut un rétablissement du Fonds vert pour le climat tel qu’il était en 2024 », déclare-t-elle notamment. Celui-ci, destiné à développer des projets dans les collectivités, devrait d’ores et déjà être revu en hausse à 1 milliard d’euros pour 2027, après une année 2026 de vache maigre, et surtout une ambition à 2,5 milliards d’euros en 2024. Le 11 septembre, le gouvernement a annoncé l’annulation de 500 millions d’euros de crédits, ciblant notamment les programmes consacrés à l’écologie et au service public de l’énergie, afin de financer le plan d’urgence pour l’agriculture. Mais tous les signaux ne sont pas au vert.

À ce titre, les élus écologistes sont venus en force. « Dans son interview de rentrée au “Parisien”, le Premier ministre n’a pas cité une seule fois le réchauffement climatique, s’étrangle Sandrine Rousseau, députée Les Écologistes. Et sans budget supplémentaire alloué à la situation, nous avons donc l’effondrement et le chacune et chacun pour soi. Ça va être explosif. »

Pour Sandrine Rousseau, «  sans budget supplémentaire alloué à la situation, [...] ça va être explosif  ». © Mathieu Génon / Reporterre

Parmi ses collègues, Damien Girard, député du Morbihan. « Il a fait 30 °C à Groix. On s’est rendu compte que le Morbihan, et la Bretagne en général, n’étaient pas le refuge climatique qu’on croyait. Mais on ne va pas laisser retomber le soufflé », assure celui qui a déposé une proposition de loi visant notamment à instaurer un « congé climatique ». Celui-ci permettrait aux salariés de s’absenter sans perte de revenus lorsqu’un événement climatique extrême les empêche de travailler. Il ajoute : « Je crains qu’on ne reparle que de débats périphériques et qu’on ne parle plus des questions d’habitabilité. »

Après cet été, venir devant Bercy, « là où se décident les coupes budgétaires », doit permettre de créer une sorte de « momentum ». « Il faut que les débats portent sur ces questions existentielles. »

Les personnes présentes appellent aussi à la mobilisation pour le 26 septembre, où 200 manifestations sont prévues à travers la France pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale. © Mathieu Génon / Reporterre

« La colère monte »

Sur l’esplanade, le climat se conjugue immédiatement avec les inégalités. Un représentant de Médecins du monde raconte cet été passé auprès des plus précaires : « On a maraudé tout l’été. Des milliers de sans domicile fixe sont coincés dans une jungle de béton. Sans zone de fraîcheur. Chaque hiver, chaque été, nous sommes dans une situation d’urgence. » La canicule n’est pas la même selon que l’on dispose d’un appartement, d’eau, d’un peu d’ombre, ou simplement d’une porte à refermer derrière soi. Les pancartes aux slogans marrants se détachent sur un ciel flamboyant. « Quatre saisons, ce n’est pas qu’une pizza... »

Sous des drapeaux d’Extinction Rebellion, Kambalou, Francesco et Abba racontent moins la grande stratégie révolutionnaire que la nécessité de se serrer les coudes. « La colère monte. C’est toujours le même ras-le-bol, mais ce qui fait tenir, c’est d’avoir constamment du sang neuf », assène Francesco. « Je suis furax, on se moque de nous, poursuit une militante. On en a marre de s’écraser. Qu’ils renversent leur système de distribution de l’argent. » Une colère qui tranche avec la dangerosité objectivement assez faible de la soirée. Dans les cars de CRS, taboulé et yaourts suivent leur chemin.

Pour Abba, «  si on reste seul avec tout ça, c’est insupportable  ». © Mathieu Génon / Reporterre

Mais pour Abba, être là permet aussi autre chose : « Même si nos actions sont immédiatement réprimées, il n’y a rien de plus important que l’action collective. Si on reste seul avec tout ça, c’est insupportable. » Dans une époque où les mauvaises nouvelles climatiques tombent à chaque bulletin météo, la manifestation sert aussi à cela : vérifier que l’on n’est pas seul.

Puis, au milieu des t-shirts associatifs, apparaît le seul pompier de la soirée, un peu perdu face aux revendications climatiques. Bruno Ménard représente le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, créé en 2024. « On ne va pas tenir. C’était une année exceptionnelle. Mais nous sommes au bord de l’explosion de la sécurité civile », raconte cet ancien pompier volontaire du Maine-et-Loire qui refuse de livrer le nombre de syndiqués qu’il représente — avec 810 adhérents fin 2025, il est loin de représenter la totalité des 200 000 pompiers volontaires de France.

Les drapeaux flottent toujours dans la nuit qui s’abat. La fanfare joue encore et les CRS terminent leur dîner. Ce rassemblement n’était peut-être qu’une petite fête mais ses participants voudraient qu’elle en annonce d’autres. Objectif : le 26 septembre et sa convergence des luttes. Une manière de faire circuler les invitations et, surtout, de rappeler à chacun et chacune qu’il n’est pas tout seul à trouver que quelque chose ne tourne vraiment plus rond.

reporterre

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