Algues vertes : De nouveau condamné pour son inaction, l’État va devoir « réparer » la Bretagne

Algues vertes : De nouveau condamné pour son inaction, l’État va devoir « réparer » la Bretagne

30/06/2026


La cour d’appel de Nantes demande au préfet des Côtes-d’Armor de prendre des mesures d’urgence dans la baie de Saint-Brieuc pour réduire la prolifération

Les algues vertes, le fléau de la Bretagne

Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • La cour d’appel de Nantes vient de condamner l’Etat pour préjudice écologique en raison de la prolifération des algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc.
  • Le préfet des Côtes-d’Armor devra présenter des mesures efficaces sous six mois. Davantage de contrôles sont attendus.
  • Un pré-rapport de la Cour des comptes vient confirmer que l’Etat n’en fait pas assez pour lutter contre cette pollution d’origine agricole.

Elles sont arrivées. Dans la baie de Saint-Brieuc, les algues vertes ont déjà fait leur apparition en masse, alors que l’été n’a pas officiellement démarré. Encouragées par les fortes chaleurs et un hiver peu tempétueux qui ne les a pas dispersées, les fameuses algues s’échouent depuis plusieurs jours sur les étendues de sable des Côtes-d’Armor. Un éternel recommencement. L’État français en fait-il assez pour lutter contre ce fléau qui pollue la Bretagne depuis des décennies ? Dans un nouveau pré-rapport dévoilé ce mardi par Ouest-France, la Cour des comptes répond que non. Elle n’est pas la seule.

Ce mardi, la cour d’appel de Nantes a également tancé l’État pour son inaction et l’a de nouveau condamné pour préjudice écologique. Et l’a enjoint à réparer de toute urgence, notamment en réduisant « significativement le surplus de déversement d’azote dans les masses d’eau superficielle dans la baie de Saint-Brieuc ».

La baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) est régulièrement tapissée d'algues vertes, que les collectivités doivent ramasser avant qu'elles ne pourrissent.

La baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) est régulièrement tapissée d'algues vertes, que les collectivités doivent ramasser avant qu'elles ne pourrissent.  - C. Allain/20 Minutes

La cour d’appel a ordonné au préfet des Côtes-d’Armor d’agir « dans un délai de six mois » pour réparer ce préjudice mais aussi prévenir « l’aggravation des dommages ». Dans son arrêt que 20 Minutes a pu consulter, la cour d’appel demande également qu’une réglementation « adaptée à la maîtrise de la concentration en azote des eaux superficielles » soit établie et surtout contrôlée. Des contrôles plus poussés et plus nombreux sont réclamés, notamment dans les grandes installations agricoles. Citant, sans les nommer, les immenses fermes à cochons qui polluent les sols et les eaux de la région.

« Il n’y a plus de vie, plus de biodiversité »

En première instance, l’association Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre avait déjà obtenu pareille victoire. Un véritable encouragement pour ses militants acharnés qui se battent depuis des années face aux géants de l’agriculture intensive. « Tout ça montre que nous avons raison de nous mobiliser. Ce n’est pas qu’un sujet agricole ou qu’un sujet environnemental. C’est un sujet de santé publique. Les algues vertes ne sont que la face visible de l’iceberg. Mais le problème est bien plus vaste. Le problème, c’est la qualité de l’eau. Il n’y a plus de vie, plus de biodiversité », critique André Ollivro, militant historique de la cause. En bas de chez lui, la plage de la Granville, à Hillion, est déjà tapissée d’algues vertes. « C’est du jamais vu au mois de juin », assure le militant.

André Ollivro a fondé l'association Halte aux marées vertes et lutte depuis vingt-cinq ans contre le phénomène des algues vertes qui pollue sa plage de la Grandville, ici dans son dos.

André Ollivro a fondé l'association Halte aux marées vertes et lutte depuis vingt-cinq ans contre le phénomène des algues vertes qui pollue sa plage de la Grandville, ici dans son dos.  - C. Allain/20 Minutes

Dans un rapport qui devrait être rendu public début juillet, la Cour des comptes étrille de nouveau l’État, comme elle l’avait fait en 2021. Un document aujourd’hui entre les mains des partenaires mais qui confirme ce que tout le monde savait déjà. Oui, la prolifération des algues vertes est bien « la conséquence directe de concentrations excessives de nitrates dans les cours d’eau », rapporte Ouest-France. Et oui, ces nitrates proviennent bien « à plus de 90 % de l’activité agricole ». S’il faut reconnaître quelques améliorations dans plusieurs des huit baies placées sous surveillance, on peut aussi noter une stagnation des échouages dans d’autres territoires pourtant surveillés.

Notre dossier sur les algues vertes

L’autre problème, c’est que les huit baies identifiées ne sont pas les seules concernées par les échouages. Depuis quelques années, les vasières posent d’énormes problèmes aux collectivités, qui sont dans l’incapacité de ramasser les ulves dans ces lieux inaccessibles. « Il faut que l’on arrive à les ramasser en mer », insiste André Ollivro. Avant de corriger. « Mais ce qu’il faut surtout, c’est réduire les concentrations en nitrates dans tous les cours d’eau. » Le chantier est immense. Tout comme le lobby agricole qui se mobilise pour l’en empêcher.

20minutes

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