Derrière l’essor des intelligences artificielles, se cachent des centres de données qui transforment plus qu’on ne l’imaginait leur environnement. En générant énormément de chaleur, ils contribuent à une hausse localisée des températures, atteignant parfois plus de 9 °C et susceptible de toucher des centaines de millions de personnes. On vous explique.
À première vue, on ne remarque rien mis à part d’immenses bâtiments situés dans des zones rurales ou périurbaines, bien souvent éloignées des grandes villes.
Pourtant, depuis quelques années, ces centres de données génèrent une telle chaleur qu’elle est capable de modifier leur environnement sur plusieurs kilomètres, révèle une récente étude menée par des chercheurs de l’université de Cambridge et publiée, en mars 2026. Cette chaleur, produite par les infrastructures nécessaires au fonctionnement des intelligences artificielles, notamment, crée ce que les chercheurs appellent un « effet d’îlot de chaleur des données ».

Une hausse pouvant atteindre 9 °C
En analysant vingt ans de données satellitaires, les chercheurs ont constaté que les zones situées autour de plus de 6 000 centres de données ont vu leur température au sol augmenter en moyenne de 2 °C, entre 2004 et 2024, rapporte le magazine scientifique New Scientist. Dans certains cas extrêmes, cette hausse atteint plus de 9 °C.
Ces effets ne restent pas localisés. Ils peuvent aussi s’étendre jusqu’à 10 kilomètres autour des installations, affectant plus de 340 millions de personnes dans le monde, ajoute la chaîne de télévision américaine CNN.
« Les résultats que nous avons obtenus étaient assez surprenants », explique Andrea Marinoni, chercheur à Cambridge et co-auteur de l’étude, qui alerte : « Cela pourrait devenir un énorme problème ». Des régions comme le Bajío au Mexique ou l’Aragon en Espagne ont ainsi connu des hausses de température similaires, sans autre explication climatique évidente, termine New Scientist.

« L’infrastructure d’IA est fondamentalement un défi énergétique et de refroidissement »
Que se passe-t-il concrètement ? En fait, les centres de données consomment des quantités massives d’énergie. Les systèmes d’intelligence artificielle reposent sur des milliers de processeurs qui dégagent énormément de chaleur et exigent des systèmes de refroidissement massifs qui nécessitent de grandes quantités d’eau ou d’électricité pour alimenter de puissants ventilateurs, indique le magazine Fortune. Certaines installations peuvent consommer plus d’un gigawatt d’électricité, soit l’équivalent de la consommation de centaines de milliers de foyers.
« L’infrastructure d’IA est fondamentalement un défi énergétique et de refroidissement », précise Lee Poh Seng, professeur et chercheur spécialisé dans les questions d’énergie et de refroidissement, au magazine américain. Cette pression énergétique a déjà des répercussions comme la hausse des prix de l’électricité, des nuisances sonores pouvant dépasser 90 décibels, ou encore des tensions sur les ressources en eau dans les zones arides. « Les répercussions […] seront probablement plus importantes pour les ménages à faibles revenus », avertissent les économistes Manuel Abecasis et Hongcen Wei cités par Fortune.

Des bâtiments de plus en plus nombreux
Alors que les investissements dans ces infrastructures devraient atteindre 760 milliards de dollars, d’ici 2026 et que leur capacité mondiale pourrait doubler, d’ici 2030, selon New Scientist, les inquiétudes grandissent. « La ruée vers l’or de l’IA semble prendre le pas sur les bonnes pratiques », estime Deborah Andrews, chercheuse britannique spécialisée dans les enjeux environnementaux et de durabilité des centres de données, à CNN. Andrea Marinoni prévient que cette expansion « pourrait avoir des répercussions dramatiques sur la société. »
Si certains chercheurs appellent à la prudence, rappelant que ces résultats doivent encore être confirmés et que d’autres facteurs, comme le rôle des bâtiments peuvent rentrer en jeu, tous s’accordent sur un point : les conséquences environnementales des centres de données restent encore largement sous-estimées et pourraient s’intensifier dans les années à venir.