Avec le blocage du détroit d'Ormuz, les cours du pétrole augmentent, et avec eux, les prix du carburant à la pompe. Si le gouvernement écarte toute baisse des taxes, il appelle les raffineurs français à augmenter la production.
Le gouvernement a demandé lundi 23 mars aux raffineurs s'ils pouvaient "augmenter rapidement" leur production, dans le contexte de hausse des prix des carburants liés à la guerre au Moyen-Orient. Le gazole et le sans-plomb 98 dépassent désormais les 2 euros le litre en moyenne, mais le gouvernement se refuse à baisser les taxes.
"D'abord, il faut accompagner les secteurs économiques" face à la hausse des prix des carburants, a ainsi plaidé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l'Énergie, mardi 24 mars sur franceinfo. Plusieurs secteurs d'activités réclament une baisse des prix du carburant, notamment les pêcheurs. "Il serait incompréhensible que certaines filières se retrouvent durablement impactées et durablement affaiblies à cause de ce moment difficile que l'on traverse", poursuit Maud Bregeon avant de nuancer. L'objectif du gouvernement, insiste-t-elle, reste de "tenir [le] déficit à 5 %. C'est un objectif que l'on doit maintenir". "L'Etat est aux côtés des secteurs économiques", insiste-t-elle.
Face à la hausse des prix des carburants, le gouvernement a ainsi annoncé des mesures de soutien, tel qu'un report du paiement des cotisations sociales et des prêts de trésorerie pour les entreprises les plus fragiles dans les secteurs de la pêche et des transports.
L'exécutif fait surtout valoir que les raffineurs obtiendront plus facilement les autorisations des préfets, s'ils peuvent améliorer leurs procédés et donc augmenter leur production. Le gouvernement cible en particulier les produits que la France achète à l'étranger : le kérosène pour les avions et le diesel. La France importe 50% de son diesel quand presque toute notre essence est raffinée sur le territoire.
"Certaines raffineries sont au maximum"
"Certaines" raffineries françaises ont les capacités d'augmenter la production de carburants, répond mardi sur franceinfo, Olivier Gantois, président d’UFIP Énergies et Mobilités, et porte-parole des pétroliers en France. Il affirme travailler "avec le gouvernement" pour "identifier et relâcher certaines contraintes" pour produire plus. Il prend notamment l'exemple du "gazole qualité hiver. Maintenant qu'il commence à faire chaud, on peut le passer en gazole qualité été" afin de "libérer de la production supplémentaire". Si "certaines raffineries sont au maximum" de leur capacité de production, d'autres "ont annoncé qu'elles peuvent produire jusqu'à 10% de plus". C'est donc cette moyenne qui donne une estimation de "quelques pourcents", précise le président d’UFIP Énergies et Mobilités.
Pour l'instant, un seul raffineur s'est manifesté, le groupe North Atlantic, qui propose de produire un peu plus à Port-Jérôme-Gravenchon, en Seine-Maritime, la deuxième raffinerie de France. Les autres, TotalEnergies au premier rang, n'ont pas encore répondu à l'appel du gouvernement. Et d'après nos informations, la plupart des cinq autres raffineries de métropole tournent déjà au maximum de leurs capacités.
Olivier Gantois précise qu'il "ne sait pas" si cette potentielle augmentation des capacités de production des raffineurs français fera baisser les prix des carburants, "c'est très difficile à dire", selon lui. "Tout dépendra de la durée" du conflit au Moyen-Orient, a avancé pour sa part la ministre chargée de l'Energie. Si, "d'ici à plusieurs semaines la situation se calme, le trafic peut reprendre petit à petit, dans le détroit d'Ormuz que la situation s'apaise" alors, Maud Bregeon croit "que nous sommes en capacité de passer ce cap difficile ensemble".