Le Français Safran a conçu un moteur d'avion hybride si efficace que même ce constructeur américain en a acheté 250

Le Français Safran a conçu un moteur d'avion hybride si efficace que même ce constructeur américain en a acheté 250

20/08/2026


Un avion capable de décoller sur seulement 45 mètres de piste : c'est le pari que prépare Safran avec deux partenaires, l'un américain, l'autre français.

Le célèbre motoriste tricolore, dont l'une des filiales majeures est installée à Bordes, en Béarn, a signé coup sur coup deux accords stratégiques en juillet 2026. Objectif commun : équiper de petits avions hybrides-électriques qui pourraient voler dès 2030. Voici ce que ces annonces changent concrètement, et pourquoi elles concernent aussi de près l'économie régionale.

Aéronautique : l'hybride selon Safran et ses partenaires

L'essentiel sur les accords stratégiques de juillet 2026

Partenariats Accords signés avec Electra (USA) et Aura Aero (France).
Innovation Décollage sur 45 m via la turbogénératrice TG600.
Moteur TG600 Basé sur l'Arrano (-18 % de carburant consommé).
Ancrage local Développement mené sur le site de Bordes (Béarn).
Échéance Mise en service visée à l'horizon 2030.

Un nouveau moteur d’avion hybride très prometteur signé Safran

Le 15 juillet, Safran officialise son partenariat avec Electra, constructeur américain spécialisé dans les avions à décollage et atterrissage ultracourt. À la clé : une première commande annoncée de 250 turbogénérateurs TG600, destinés à équiper l’EL9 Ultra Short, un appareil conçu pour transporter neuf passagers ou 1,3 tonne de fret sur plus de 2 000 km.

Douze jours plus tard, le 27 juillet, Safran conclut un second accord avec Aura Aero, avionneur toulousain, pour développer et intégrer des TG600 sur le prototype ERA, un avion régional hybride-électrique de 19 places. Les deux programmes ne sont pas au même stade : Electra revendique plus de 2 200 précommandes d’EL9 auprès de plusieurs dizaines de clients, tandis qu’Aura Aero annonce environ 700 intentions de commande pour l’ERA, dont 20 commandes fermes selon une communication récente. Ces chiffres concernent les avions, et non directement les moteurs. Ils témoignent néanmoins de l’intérêt commercial suscité par la propulsion hybride-électrique.

EL9 Ultra Short

Comment fonctionne cette propulsion hybride

Contrairement à un moteur classique qui entraîne directement une hélice, la turbogénératrice TG600 associe une turbine à gaz à deux générateurs électriques GENeUS. Le principe :

  • La turbine, dérivée de l'Arrano de Safran Helicopter Engines, transforme le carburant en énergie mécanique ;
  • Les générateurs convertissent cette énergie en électricité ;
  • Des moteurs électriques répartis sur l'avion assurent la poussée.

L'EL9 y ajoute la technologie de « l'aile soufflée » : les hélices accélèrent le flux d'air sur l'aile, ce qui augmente la portance à basse vitesse et permet ces distances de décollage très réduites. L'appareil pourrait ainsi utiliser des terrains proches des zones d'activité, plutôt que les grands aéroports traditionnels.

turbogénérateur TG600

Pourquoi Safran mise sur cette technologie

Concrètement, elle permet à Safran de réutiliser son savoir-faire historique dans les turbomoteurs d'hélicoptères, en le transposant à une architecture nouvelle où la turbine devient une centrale électrique embarquée. L'Arrano, sur lequel repose la TG600, consomme déjà 18 % de carburant en moins que la génération précédente.

L'hybride s'impose comme un compromis logique : les batteries seules restent trop lourdes pour offrir une autonomie suffisante sur ce type d'appareil, alors que le carburant conserve une forte densité énergétique. Les petits avions régionaux servent ainsi de terrain d'essai avant d'envisager cette technologie sur des appareils plus grands.

Un enjeu environnemental à nuancer

L'aviation représente environ 2,5 % des émissions mondiales de CO₂, et le secteur a émis près de 942 millions de tonnes en 2024, en hausse par rapport à 2023. Ces chiffres expliquent l'intérêt porté à l'hybridation, sans pour autant garantir de résultats immédiats.

Appareil

Partenaire

Capacité

Distance décollage/atterrissage

EL9 Ultra Short

Electra

9 passagers ou 1,3 t

~45 m

ERA

Aura Aero

19 passagers

non communiquée

Le programme européen Clean Aviation évoque des réductions d'émissions comprises entre 30 et 50 % pour les futurs avions régionaux hybrides. Mais aucun chiffre définitif n'existe encore pour l'EL9 ou l'ERA : les essais en vol et la certification restent à venir.

Bordes et la Nouvelle-Aquitaine en première ligne

Le site de Bordes, où les premiers essais au banc de la TG600 ont déjà eu lieu, s'inscrit dans une filière régionale solide : plus de 500 entreprises et environ 35 000 emplois liés à l'aéronautique et au spatial en Nouvelle-Aquitaine. Safran Helicopter Engines y emploie plusieurs milliers de salariés, avec un écosystème de sous-traitants qui pourrait bénéficier de nouveaux besoins en usinage, électronique de puissance ou essais en vol. Le rapprochement avec Aura Aero renforce également les liens entre le Béarn et Toulouse, deux pôles industriels déjà complémentaires.

Ces annonces marquent une étape réelle vers la propulsion hybride-électrique, mais les premiers vols, la certification et les gains d'émissions concrets restent à démontrer. La suite se jouera sur les bancs d'essai avant de se jouer dans le ciel !

Sources 

  • Safran–Electra, communiqué officiel du 15 et 27 juillet 2026
  • Image de mise en avant : © Aura Aero
  • Images : communiqué Safran

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