L'Agence de la transition écologique a mis en place un réseau pour former et aider les élus dans leurs projets de lutte et d'adaptation face à la crise climatique.
Depuis les vacances de février, des panneaux solaires recouvrent le toit de la maternelle de Saint-Amant-Tallende, dans le Puy-de-Dôme. Florence Lhermet, l'adjointe (dont la majorité municipale se veut apolitique) en charge de l'environnement, en est fière. "Ça me tient très à cœur", glisse-t-elle. D'autant que son projet pourrait en inspirer d'autres. Sa commune de 1 800 habitants a reçu la visite de 26 élus, en décembre 2024. Tous sont membres du réseau Elus pour agir, mis en place par l'Agence de la transition écologique (Ademe) pour former les collectivités aux enjeux climatiques(Nouvelle fenêtre) et environnementaux, ainsi qu'aux solutions qui peuvent être mises en place à leur échelle.
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Des panneaux solaires sont installés sur le toit de la maternelle de Saint-Amant-Tallende (Puy-de-Dôme), le 11 février 2026. (MAIRIE DE SAINT-AMAND-TALLENDE)
Et elles sont nombreuses. Les maires ont entre leurs mains une palette d'actions variées pour engager la transition dans leur commune : ils délivrent les permis de construire, encadrent l'artificialisation des sols, peuvent rénover les écoles, règlent l'éclairage public, aménagent les pistes cyclables et développent les transports en commun, orientent les menus des cantines, développent les énergies renouvelables locales, font fleurir les îlots de fraîcheur ou facilitent le tri. "Une fois que l'Etat a posé des grands objectifs, la réalité c'est que, pour les atteindre, le déploiement se fait avec les collectivités locales, dans les territoires", fait valoir Augustin Augier, secrétaire général à la Planification écologique.
Les Français reconnaissent bien ce rôle joué par les collectivités locales. Quand on leur demande quel acteur agit le plus aujourd'hui pour résoudre la crise climatique, 14% citent les communes, départements et régions, en troisième position derrière les citoyens et l'Etat, rapporte le baromètre(Nouvelle fenêtre) sur les représentations sociales du changement climatique mis en ligne en novembre.
Le manque de connaissances, un frein à l'action des élus
Agir face à l'urgence climatique peut paraître "insurmontable" aux premiers concernés, témoigne Gilles Dudouit, adjoint au maire Les Républicains de Saint-Vallier-de-Thiey, dans les Alpes-Maritimes. "On en entend parler tous les jours, mais dans les petites communes comme la nôtre, on n'a pas les compétences", déplore cet élu. Ancien sapeur-pompier, il admet bien volontiers son manque d'expertise. Comme son collègue de Dampierre-sur-Linotte, Frédéric Weber. "Je suis banquier à la base, je n'ai pas de compétence particulière" sur ces questions, reconnaît ce maire (sans-étiquette) de Haute-Saône.
"J'ai le sentiment que si on ne fait rien, on va droit à la catastrophe. Il faut prendre notre part et, en tant que maire, j'ai des leviers pour avancer."
Frédéric Weber, maire de Dampierre-sur-Linotte
à franceinfo
Face à des enjeux complexes, parfois polémiques(Nouvelle fenêtre), "lancer un projet nouveau, qui sort du cadre" peut être "anxiogène et chronophage", confie Florence Lhermet. Les élus ne bénéficient pas toujours des moyens nécessaires pour répondre aux contraintes. "Sur ces sujets, il y a une multitude d'acteurs bien intentionnés, ce n'est pas évident de s'y retrouver. Dans nos petites communes, on n'a pas de service dédié, avec des agents en veille. On a juste un secrétaire déjà bien occupé avec les affaires courantes", décrit Frédéric Weber.
Ces témoignages font écho à une consultation sur la transition énergétique et climatique réalisée auprès de 3 000 élus par le Shift Project(Nouvelle fenêtre) : parmi les obstacles qui les empêchent d'agir, le premier que les édiles citent est "le manque de moyens, suivi par des freins plus personnels de l'élu, comme l'accumulation des urgences quotidiennes et le manque de connaissances ou de compétences". Un dernier obstacle qu'ils disent pouvoir surmonter avec "de la documentation et des retours d'expériences concrets, des formations courtes, de l'expertise technique accessible et des outils de communication pour convaincre la population".
Plus de 4 000 élus formés
C'est justement ce que l'Ademe promet de faire. Avec son réseau Elus pour agir – qui est venu, en novembre 2023, s'ajouter à d'autres structures telles que les Eco maires ou les Territoires en transitions –, l'agence se donne pour mission d'accompagner les maires dans leurs "projets de transition écologique dans les territoires", écrit-elle sur son site(Nouvelle fenêtre). Plus de 4 000 élus ont déjà répondu présent.
Concrètement, il s'agit de participer à des formations en ligne de deux heures, tous les trois mois. Des experts y interviennent sur le développement du photovoltaïque, l'acceptation des mesures de transition par la population ou encore l'adaptation des communes aux impacts du changement climatique. Cette partie théorique est suivie de témoignages de maires, eux-mêmes devenus de véritables experts, venus évoquer les solutions qui ont marché.
En septembre 2025, ils étaient par exemple 300 à se réunir pour parler de géothermie(Nouvelle fenêtre), une technique qui consiste à exploiter la chaleur naturelle du globe terrestre. "C'est une technologie qui est disponible sur tout le territoire", leur a expliqué un expert de l'Ademe. "Sur quel type de sols ? On peut garder les anciens radiateurs ? Quel retour sur investissement ?", ont questionné les élus. Pascal Zucchéro, maire (sans étiquette) de Marcieux, en Savoie, les a rassurés. "On payait entre 5 000 et 7 000 euros de fioul, et 2 500 à 3 000 euros d'électricité. Aujourd'hui, on économise le [coût du] premier, et on ne paye que 500 euros de plus d'électricité", a-t-il raconté, vantant les mérites des quatre forages installés sur son territoire.
Assistant à la visioconférence, Christophe Haudrechy a vite été convaincu. "J'ai appris plein de choses, on va essayer de lancer une étude de potentiel géothermique dans la commune", raconte l'adjoint (Renaissance) à la mairie de Houilles, dans les Yvelines.
Mobilité active, cour d'école végétalisée, biomasse
Si la formation en ligne fait l'unanimité, ce sont surtout les "visites apprenantes" qui ont la faveur des maires. Des moments pendant lesquels les élus accueillent leurs homologues et partagent leur expérience, sur le terrain. Le réseau en a organisé 40 en 2025, pour découvrir la chaufferie biomasse(Nouvelle fenêtre) de Nouzilly (Indre-et-Loire), les friches réhabilitées d'Anor (Nord) ou encore la mobilité scolaire active d'Incarville (Eure).
Ces visites portent leurs fruits. En mars 2025, Christophe Haudrechy est allé découvrir la cour d'école oasis(Nouvelle fenêtre) de Villennes-sur-Seine (Yvelines). "J'ai vu les aménagements, les précautions à prendre, les avantages", retrace l'adjoint. Chez lui, il attend les municipales pour lancer les travaux, mais il a déjà mis en place les classes dehors, des séances d'apprentissage en plein air découvertes lors de cette même visite. Le maire de sa commune s'en félicite même sur les réseaux sociaux.
Ces visites, "c'est du concret", se réjouit Gilles Dudouit. "Elles sont faites par des gens comme moi, et non des entreprises techniciennes. Des personnes qui sont en capacité de mesurer le gain et le confort que ça peut apporter aux habitants." Pas de méthode descendante, donc, mais un partage des bonnes pratiques éprouvées sur le terrain et des erreurs à éviter. Et ce qui paraissait insurmontable prend soudain forme.
Les électeurs attendent davantage d'actions
D'abord motivés par l'amélioration de la qualité de vie et de la santé des habitants et la diminution des dépenses énergétiques, selon la consultation du Shift Project, les élus ont enclenché la transition. Frédéric Weber a déployé son "opération d'autoconsommation" énergétique collective(Nouvelle fenêtre), qui consiste à produire de l'électricité d'origine renouvelable pour alimenter plusieurs bâtiments."En 2022, avec la hausse des prix de l'énergie, on a failli perdre notre boulangerie et notre boucherie. Il est important de sortir de cette dépendance", justifie-t-il. Près de Clermont-Ferrand, Florence Lhermet est fière de ses deux centrales photovoltaïques. Et la Savoyarde Béatrice Santais (Parti socialiste), maire de Montmélian, se félicite de sa piscine chauffée au solaire.
"On voit la courbe de notre consommation descendre, on sait à quoi on le doit."
Béatrice Santais, maire de Montmélian
à franceinfo
Pour la suite, ces élus ne manquent pas d'idées. Un webinaire sur les zones en friche a inspiré Florence Lhermet. L'ancienne papeterie, à l'entrée du bourg de Saint-Amant-Tallende, "pourrait être un futur tiers-lieu alimentaire pour relancer l'arboriculture", imagine-t-elle. Et la prochaine étape, à Montmélian ? "Un réseau de chaleur pour alimenter les bâtiments publics puis les nouveaux logements", mais aussi "un écoquartier solaire", liste Béatrice Santais.
Les élus rencontrés par franceinfo se représentent tous aux municipales, déterminés à continuer leurs efforts de transition écologique. "On fait campagne sur cet engagement durable, qu'il ne faut absolument pas laisser tomber", défend Béatrice Santais. Leurs électeurs, eux, sont en attente, puisque "la mairie est la collectivité à laquelle ils font le plus confiance dans ce domaine", explique un sondage Odoxa réalisé pour ICI(Nouvelle fenêtre). Mais "77% des Français estiment que leur maire ne met pas assez d'actions en place pour lutter contre le dérèglement climatique", par manque de moyens ou de volonté.