Dans le bassin d’Arcachon, le sort semble s’acharner sur les habitants qui ont connu en l’espace de quelques années un incendie gigantesque et d’innombrables inondations dans un territoire piégé par une urbanisation à marche forcée. Les aléas climatiques que subit le bassin influenceront-ils les élections municipales ? Entre lassitude, fatalisme et militantisme… Nous sommes partis à la rencontre d’électeurs sinistrés.
Toitures arrachées, rues inondées, arbres déracinés… Le sort s’acharne sur le bassin d’Arcachon. Mais avant même le passage de la tempête Nils, la résignation avait déjà gagné les habitants, de plus en plus touchés par les aléas climatiques. « C’est comme ça. On est spectateurs… » souffle Franck Couderc en ce début mois de février 2026. Directeur du camping Les flots bleus, il a tout perdu dans le terrible incendie qui a ravagé la forêt de la Teste-de-Buch (Gironde) en juin 2022. « Vous vous retrouvez sans rien du jour au lendemain », témoigne-t-il.
Les municipales ? Franck Couderc n’en attend rien. Il s’estime déjà chanceux d’avoir pu rouvrir. « On n’est pas les plus à plaindre. » Lui a pu reconstruire son camping même si l’ombre des pins a disparu sur les toits des mobiles homes. « Certains voudraient nous voir partir, mais les touristes participent à l’économie. On est tous liés comme une chaîne », souligne-t-il.
En juin 2022, après des mois de sécheresse et des températures record, les feux, attisés par les vents, ont détruit près de 30 000 hectares de forêt en Gironde.
« Il y en avait là, là et là… Les pins se touchaient presque. On ne voyait pas à travers. » Entouré de ses trois chiens de chasse, Christophe Demarty pointe du doigt le vide qui entoure désormais sa cabane. Avec l’aide des pompiers, il a réussi à la sauver du gigantesque incendie qui a dévasté la forêt de la Teste-de-Buch. « Le feu était incontrôlable. Le vent tournait comme jamais », se rappelle-t-il. Plus de trois ans plus tard, cet ostréiculteur entend encore le son du feu qui crépite et les étincelles qui rugissent. « C’était apocalyptique. »
Sur une autre parcelle de la forêt, Nicole Léglise, elle, ne marche plus que sur des ruines. Le squelette rouillé d’un canapé-lit, de la vaisselle cassée… « C’est dur », souffle cette enseignante retraitée, qui venait dans sa cabane depuis l’enfance. Son seul réconfort ? Le chêne, qui se dresse comme un miraculé, au pied duquel reposent les cendres de ses parents. « C’est un des seuls à tenir encore debout. »
Christophe Demarty regarde l’horizon où se dessine la dune du Pilat, autrefois cachée par les arbres. « Avant, je ne la voyais pas. » Le vent souffle désormais sur le paysage nu. Un décor lunaire où des troncs noircis se dressent comme des pierres tombales. « On ne verra plus la forêt de notre vivant. »
Pour lui, l’incendie « est d’abord une erreur humaine : un camion de camping en panne qui a foutu le feu », souligne-t-il, chassant l’air de la main à l’évocation du changement climatique. « On nous parle de fonte de la banquise, mais qu’est-ce que j’en ai à faire ? »
Après avoir longtemps marché dans des nuages de poussière, Christophe Demarty a fait son deuil : « Regardez ces pousses de pin. Ça donne espoir. On dirait des petits sapins de Noël. C’est beau. » Car, c’est l’avenir de la forêt qui lui importe. La gestion de la forêt va peser dans la campagne des municipales. Selon lui, « c’est incontournable ».
La forêt de La Teste a un statut particulier. C’est une forêt usagère privée appartenant à une centaine de propriétaires. Elle est soumise à des règles de gestion, datant du XVe siècle,...