« Nous avons encore porté plainte » : industrielles ou agricoles, les pollutions de l’eau sont légion en Ille-et-Vilaine

« Nous avons encore porté plainte » : industrielles ou agricoles, les pollutions de l’eau sont légion en Ille-et-Vilaine

30/03/2026


Une hécatombe de poissons a frappé le ruisseau de Fougères le 21 mars après un déversement accidentel d’acide lactique la veille. Les pêcheurs tirent la sonnette d’alarme. Alors que seulement 6 % des cours d’eau sont en bon état dans le bassin-versant de la Vilaine, des mesures de protection sont retardées par les agriculteurs et le gouvernement.

Au moins un millier de poissons morts dont beaucoup d’espèces rares comme des truites sauvages ou des anguilles : le président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine, Jérémy Grandière, ne décolère pas. Il réclame des sanctions exemplaires après la découverte le soir du vendredi 20 mars d’une hécatombe provoquée par la pollution accidentelle du ruisseau Le Groslay à Fougères.

« Une enquête est en cours mais ce serait dû à une entreprise qui aurait lavé ses bacs avec de l’acide lactique. Nous avons encore porté plainte comme on le fait une dizaine de fois par an. On ne veut plus rien laisser passer », se désole Jérémy Grandière.

« Plus personne ne peut aujourd’hui ignorer la toxicité des pesticides »

Qu’elles soient industrielles ou agricoles, les pollutions sont légion en Ille-et-Vilaine. Manque de chance, le Groslay faisait partie des rares cours d’eau en bonne santé. Sur le bassin de la Vilaine, la situation déjà dramatique ne fait que se dégrader. Seulement 6 % des cours d’eau sont classés en bon état écologique selon le dernier état des lieux réalisé par l’agence de l’eau Loire-Bretagne, contre 8 % en 2019. Et ce, malgré des dizaines de millions d’euros dépensés pour tenter d’inverser la tendance.

« Le problème, c’est que malgré l’argent investi, on continue à détruire le bocage, les zones humides, sans mettre en place des réglementations ou des contrôles suffisants », dénonce Pauline Pennober, chargée de mission l’association Eau et rivières de Bretagne.

Face à cette situation préoccupante, la Commission locale de l’eau (CLE) du bassin-versant de la Vilaine avait lancé depuis 2022 une révision du projet de Schéma d’aménagement des eaux (SAGE) de la Vilaine afin de mieux protéger la ressource.

Sauf que ce travail de longue haleine mené notamment par des élus, collectivités, agriculteurs, associations au sein de ce qui s’apparente à un grand Parlement local de l’eau vient d’être torpillé par l’État lui-même qui bloque l’adoption du projet, se rangeant du côté de la FNSEA, vent debout contre l’une des mesures : l’interdiction des épandages de pesticides près des zones de captage.

« Des méthodes de voyou »

Inédite, elle ne concerne pourtant que 1,4 % des surfaces du bassin-versant. Suffisant pour provoquer la colère des représentants du principal syndicat agricole qui « utilisent des méthodes de voyou, menacent, tapent du poing sur la table », déplore Jérémy Grandière qui siège au SAGE Vilaine.

Au mois de décembre, 300 tracteurs avaient empêché la tenue d’une réunion de la Commission locale de l’eau à Châteaubourg. Dans la foulée, le gouvernement avait décidé d’un moratoire national sur toutes les questions relatives à l’eau. Une décision anti-démocratique dénoncée par de nombreux élus.

« Plus personne ne peut aujourd’hui ignorer la toxicité des pesticides et les conséquences de leur présence dans l’eau, patrimoine commun essentiel. Force est de constater que le Gouvernement a fait le choix de s’aligner sur les positions de groupes d’intérêts, agro-chimie notamment, réfractaires à la prise en compte d’enjeux sanitaires et environnementaux pourtant avérés », estime Jean-Luc Chenut (PS), Président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine.

le parisien

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