Abeilles, papillons, mille-pattes… Comment la nature a repris possession de cette immense mine de charbon abandonnée

Abeilles, papillons, mille-pattes… Comment la nature a repris possession de cette immense mine de charbon abandonnée

05/03/2026

Délaissé depuis la fin des années 1980, le site qui fût l’une des plus grandes mines de charbon du Pays de Galles fait aujourd’hui le bonheur de la faune et de la flore. La colline, érigée avec les déchets miniers abrite désormais une impressionnante biodiversité, dont des espèces menacées.

Il faut imaginer des cheminées crachant des fumées noires, des bâtiments de briques rouges et plus d’un millier de « gueules noires » qui vont et viennent dans les entrailles de la terre. Imaginer, c’est le mot. Parce qu’aujourd’hui, le spectacle est tout autre sur les terrils de Cwm, à Beddau, à une vingtaine de kilomètres de Cardiff, au Pays de Galles. Si certains bâtiments sont encore debout, les mineurs, eux, ont été remplacés par la faune qui s’est réapproprié le site.

« Au cours des dernières décennies, la nature a progressivement reconquis Cwm, transformant ce qui était autrefois un terril industriel noir en une mosaïque d’habitats remarquablement diversifiée », se réjouit Liam Olds, directeur scientifique de Glo i Nature, qui signifie « Du charbon à la nature » en gallois. L’organisation à but non lucratif, basée dans le sud du pays, œuvre à la protection, la restauration et la mise en valeur de la biodiversité unique des sites miniers, tout en créant des espaces verts inclusifs.

Le site est aujourd’hui recouvert par la végétation. (Photo : Liam Olds)

Jusqu’à 1 580 personnes

Le paysage qui se déploie d’aujourd’hui sous les yeux des promeneurs est l’héritage de l’exploitation charbonnière de l’ancienne mine. Le premier puits a été creusé en 1909 et la production de charbon a commencé en 1914. « Pendant une grande partie du XXe siècle, la mine a été un employeur important, avec plus de 1 000 hommes travaillant sous terre et un effectif maximal de 1 269 personnes en 1938 », retrace Liam Olds.

Face à la demande croissante, un important programme de modernisation de 9 millions de livres sterling (ce qui correspondrait aujourd’hui, avec l’inflation, à plus de 200 millions d’euros) est mis en place en 1958. Objectif : fusionner la mine de Cwm avec sa voisine de Coedely. L’opération nécessite plusieurs années de travaux, afin de relier les sites avec des tunnels.

Grâce à la fusion, Cwm devient la plus grande mine de charbon du bassin houiller du sud du Pays de Galles. « À son apogée dans les années 1970, l’exploitation combinée employait environ 1 580 personnes. La mine a finalement fermé ses portes le 28 novembre 1986, alors qu’il restait encore environ neuf millions de tonnes de charbon sous terre », explique l’entomologiste.

Une colline de déchets miniers

De cette ère industrielle, est restée Cwm Tips, une colline artificielle créée à partir des déchets miniers issus de l’exploitation du charbon. Elle est principalement composée de schiste et de minerai de fer. « Ces matériaux étaient transportés depuis la mine à l’aide de systèmes de câbles équipés de godets et de petits wagons, puis déversés sur le terrain, couvrant finalement plus de huit hectares, détaille le directeur scientifique de Glo i Nature. Fort heureusement, ces déchets sont généralement chimiquement inertes. Ils ne représentent pas une grande menace pour l’environnement. « Les formes les plus courantes de pollution minière dans le sud du Pays de Galles sont associées aux rejets d’eau riche en fer provenant des travaux souterrains, mais ces rejets ne se produisent pas à Cwm Tips. »

Pollution limitée

Si la cokerie, chargée de purifier la houille entre 1958 et 2002, a produit aussi des résidus, le scientifique n’a pas connaissance qu’elle ait engendré une pollution significative. « Cette relative absence de contamination a été un facteur important qui a permis à la faune sauvage de recoloniser la zone avec succès, souligne-t-il. Dans les années 1980, après le déclin de l’exploitation minière, les terrils ont été remodelés pour créer des pentes plus douces et une série de terrasses en escalier, jetant les bases du remarquable rétablissement écologique que l’on observe aujourd’hui. »

Néanmoins tout ne s’est pas fait en un jour. Lorsque l’exploitation charbonnière a pris fin en 1986, Cwm Tips était toujours un paysage industriel austère. Une grande partie de la surface des terrils était nue et dépourvue de végétation, avec de vastes zones de déchets miniers exposés. À certains endroits, en particulier vers l’extrémité sud du site, un premier « verdissement » avait commencé, « probablement favorisé par l’application d’engrais couramment utilisés à l’époque dans les programmes de remise en état des terres, suppose Liam Olds. Hormis cette intervention limitée, le site était en grande partie abandonné. Quelques petits blocs de forêts de feuillus ont été plantés dans la partie sud du site à la fin des années 1990, mais ailleurs, les terrils ont été laissés à l’abandon. »

La nature à l’œuvre

Et c’est ce qui rend la suite encore plus impressionnante. Aucun projet de restauration intensive par l’homme n’a été mis en place. Ce qui s’est produit n’est que le résultat de « plusieurs décennies de rétablissement écologique spontané, largement impulsé par la nature elle-même. » Une grande variété d’habitats faunistiques s’est alors développée.

Les versants sud et ouest de Cwm Tips sont dominés par des prairies, tandis que les flancs nord et est se sont transformés en bois. Plusieurs espèces végétales rares dans la région, se sont déployées, notamment l’hellébore des marais, une orchidée que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le comté. « Sur le côté est du site, un grand roselier s’est formé naturellement et est aujourd’hui le plus grand roselier du comté de Rhondda Cynon Taf. Le plateau central reste plus ouvert, avec des zones de terrils nus et un lac important, créant des conditions chaudes et ouvertes particulièrement précieuses pour les insectes », décrit Liam Olds.

L’hellébore des marais a fait son apparition. (Photo : Liam Olds)

Une partie de la colline est couverte pas des prairies. (Photo : Liam Olds)

Des bois ont poussé sur les flancs nord et sont. (Photo : Liam Olds)

La faune s’y plaît

De nombreuses espèces rares ou en déclin ailleurs s’y plaisent. « Plus de 600 espèces d’invertébrés y ont été recensées, ce qui confère au site une importance évidente en matière de conservation régionale, souligne le spécialiste des insectes. Il est particulièrement remarquable pour ses abeilles sauvages, avec plus de 50 espèces recensées, ce qui en fait l’un des sites les plus riches en abeilles de la région. »

Plus de 50 espèces d’abeilles ont été recensées. (Photo : Liam Olds)

On trouve aussi des papillons, dont le petit bleu, le plus petit papillon de Grande-Bretagne, ou encore le papillon gris et le papillon des murs, tous deux classés comme espèces menacées.

Le petit bleu s’est installé à Cwm. (Photo : Liam Olds)

Parmi ses habitants les plus remarquables, figure le mille-pattes « Beddau Beast » (Cranogona dalensi), découvert ici en 2016 et répertorié pour la première fois au Royaume-Uni. « Ce minuscule mille-pattes pâle, mesurant moins de six millimètres de long, n’est connu que dans les Pyrénées françaises, ce qui rend sa présence à Cwm Tips particulièrement frappante », s’enthousiasme l’entomologiste, qui poursuit sa liste en évoquant aussi les pensionnaires des zones humides, tels que les libellules et d’autres insectes aquatiques, les oiseaux comme le râle d’eau, la rousserolle effarvatte ou le bruant des roseaux.

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Un site symbolique

Glo i Nature s’est donné comme mission de faire connaître ce spectaculaire retour de la faune et de la flore. « Les recherches menées au cours des deux dernières décennies ont montré que, avec le temps et les conditions adéquates, la nature peut remarquablement bien se rétablir sur les terres post-industrielles. Les anciens terrils, ainsi que les carrières et autres friches industrielles, sont désormais connus pour abriter des espèces rares et menacées, et offrent souvent des espaces verts précieux aux communautés locales », insiste son directeur scientifique. Selon lui, le cas de Cwm doit encourager à porter un autre regard sur ces sites, « lieux de résilience écologique, de mémoire culturelle et d’opportunités pour la restauration de la nature ».

ouest-france

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